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Interview

Nicolas Dufrêne : « Le Bitcoin, pour la population, c’est un fiasco »

Économiste et directeur de l'institut rousseau

Par Cédric Gouverneur - Publié en juillet 2022
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Le spécialiste des questions monétaires et directeur de l’Institut Rousseau, think tank classé à gauche, se montre pour le moins circonspect quant à la fiabilité du bitcoin et son intérêt pour les pays africains. Il nous explique pourquoi.

AM : Comment expliquer cet attrait pour le bitcoin au Salvador et en République centrafricaine (RCA) ?

Nicolas Dufrêne : Ce sont souvent des pays fragiles vers lesquels se tournent les lobbyistes du bitcoin pour vendre leur marchandise… En rupture avec les États occidentaux (les États-Unis dans le cas du Salvador, et la France dans le cas de la RCA), les dirigeants de ces pays voient dans les « cryptos » une opportunité pour gagner de l’argent facilement, opérer certaines transactions sans contrôle et défier les institutions monétaires : le franc CFA en RCA, le dollar au Salvador [comme l’Équateur, ce dernier a renoncé à sa monnaie nationale et a adopté le dollar américain, ndlr]. De leur côté, les « mineurs » de bitcoin ont besoin de pays où déployer leurs infrastructures pour un prix modeste, sans taxe ni réglementation. Pour les dirigeants de ces États, c’est bon marché : il suffit de mettre à disposition de la puissance électrique pour toucher une commission sur le minage des cryptoactifs et du bitcoin. En RCA, au Salvador, et hier en Chine et au Kazakhstan avant que les autorités ne prennent des mesures, des centrales électriques – qui pourraient servir à alimenter la population en électricité ! – sont détournées pour miner du bitcoin. Le retour sur investissement peut être important pour quelques proches du pouvoir, qui contrôlent les accès à ces sources d’énergie. Pour les autres, un discours marketing a été inventé : « apolitique, incensurable, neutre et décentralisé… » Tout ce que le bitcoin n’est pas !

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