Nom d'un petit bonhomme !
Certes, il paraît que les missionnaires catho envoyés en Afrique sont soucieux d’honorer des saints un peu négligés par les parents occidentaux. D’où une floraison de Parfait, Désiré, Barnabé pour les garçons, Blanche, Rose ou Olive pour les filles. Dès qu’un petit bébé né au fin fond d’une brousse pointe le bout de son crâne au-dessus des fonts baptismaux, paf ! un prêtre l’affuble immédiatement, après avoir bien bourré le crâne aux parents, d’un prénom sorti des oubliettes. Localement, tout le monde trouve ça normal. Évidemment, c’est plus problématique quand le petit voyage dans des pays où ce genre de prénoms fait vraiment super désuet. Mais il y a encore mieux. Ce sont les prénoms sortis on ne sait trop d’où, comme les Polycarpe, Chrysologue et autres Radegonde. Là, même si l’on peut supposer que chacun de ces vocables a une histoire, c’est quand même un peu dur à porter… Et enfin, passons pudiquement sur les erreurs fatales de lecture du calendrier, qui entraînent encore des générations de petites Jeanne d’Arc et de jolis Fêt-Nat.
En un prénom comme en cent, les parents devraient peut-être redoubler de vigilance, et réfléchir à deux fois avant de choisir un nom pour leur chérubin qui fera ricaner les douaniers de certains aéroports, et pourra causer des traumatismes sans retour hors des zones où les Pacôme, où les Roselyne sont des classiques. Et bien sûr, après, il y a aussi les farfelus frimeurs, qui s’affublent tout seuls de noms qu’ils admirent et parviennent à faire figurer sur leurs passeports en graissant la patte d’un fonctionnaire complice, comme ce jeune d’Afrique centrale (forcément !) qui a décidé du jour au lendemain de s’appeler Christian Dior, et a eu beaucoup de mal à convaincre un policier tatillon de Roissy qu’il s’agissait bien de son identité. Bon, cela dit, pouvoir se permettre autant de fantaisie et de liberté autour de son moi officiel est plutôt sympathique. Et si l’on résiste aux railleries en tout genre, ça prouve que l’on est pourvu d’une sacrée personnalité. Bravo donc à ceux qui assument. Mais avis aux parents : certains n’y arriveront pas forcément et en souffriront peut-être un peu inutilement…