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Édito

Notre place dans le monde

Par Zyad Limam - Publié en août 2021
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Au moment où j’écris ces lignes, le Covid-19 a, une nouvelle fois, repris l’initiative sur l’ensemble de la planète, dopé par cette mutation Delta particulièrement contagieuse. Face à la force stupéfiante du virus, l’Afrique (en particulier l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale) reste comme partiellement et miraculeusement épargnée. Jeunesse de la population et peut-être aussi de mystérieux processus d’immunités croisées semblent limiter la casse et le nombre de victimes. Mais cette description « optimiste » doit être constamment réévaluée. L’Afrique du Nord et l’Afrique australe sont rudement touchées. Les chiffres continentaux sont certainement sous- évalués, faute de capacité de test suffisante. Ou par pure volonté politique. Selon des études récentes, les taux de prévalence réelle dans certaines grandes villes se rapprocheraient de 20 %. La vaccination reste la seule clé, comme le montre tous les jours la relative résistance des États-Unis et de l’Europe face à la virulence de cette nouvelle vague. Et sur cette question, comme ce magazine l’a écrit plusieurs fois depuis plusieurs mois, nous sommes très, très, très loin du compte. Sur plus de 4 milliards de doses administrées dans le monde, un peu plus de 65 millions seulement ont été injectées en Afrique. Et moins de 2 % de la population est entièrement vaccinée.

Il y a là, avant tout, une injustice phénoménale de l’Occident. Près de 75 % des doses ont été monopolisées par 10 pays industrialisés. Injustice aussi liée à la défaillance des mécanismes d’aides multilatérales, type Covax, entreprise certes méritoire mais à des années-lumière de pouvoir faire face au défi historique de la vaccination planétaire. L’Afrique a également sa part de responsabilité : discours antivax, promotion des médecines traditionnelles, sous-équipement sanitaire, prise de conscience parfois aléatoire des populations et des élites… Et surtout une faible mobilisation budgétaire pour acquérir un minimum d’indépendance vaccinale. Il y a un côté « ça va passer, on va tenir », qui relève plus de la pensée magique que de la réalité. Pourtant, une Afrique aux prises avec un Covid endémique et permanent se retrouverait durablement marginalisée. Incapable d’influer sur ce futur qui se dessine.

Et ce qui se dessine n’est pas forcément rassurant. Le Covid vient souligner de manière brutale la division du monde entre « ceux qui ont » et « ceux qui n’ont pas », entre les « have » (très minoritaires) et les « have not » (très majoritaires). Entre ceux qui disposent d’un outil de recherche médical et ceux qui ne l’ont pas. Ceux qui disposent d’une industrie pharmaceutique de pointe et ceux qui ne l’ont pas. Entre ceux qui pourront à un moment vaincre/contrôler ce virus et ceux qui devront vivre avec pour les années à venir. Entre ceux aussi qui pourront contenir les effets du changement climatique et ceux qui ne pourront pas… La liste pourrait continuer.

Le virus souligne les formidables inégalités que la technologie et les mutations postindustrielles sont en train d’accentuer. Un ami au fait de ces évolutions me disait récemment : « Les gens n’ont pas idée de ce qui se passe vraiment dans les labos de recherche aux États-Unis et en Chine (mais aussi en Israël)… Eux, ils sont dans la science-fiction devenue science tout court. Ils travaillent sur l’intelligence artificielle, la biomédecine, les mutations génétiques, les recherches ADN et ARN, les énergies propres, l’hydrogène. Ils vont prendre des siècles d’avance sur Ie reste du monde, y compris sur l’Europe, continent de rentiers et de propriétaires immobiliers… »

L’Afrique ne va pas se débarrasser de la pauvreté du jour au lendemain, mais elle ne doit pas être condamnée à cette division tragique de la richesse et de la recherche. Il nous faut impérativement penser le futur de manière audacieuse. Réinventer le concept d’émergence. Mettre en commun l’énergie, les ressources, les capitaux pour trouver une place, valoriser le potentiel formidable, mobiliser la jeunesse, trouver les niches, un rôle historique, un moteur de croissance durable dans ce monde postmoderne qui arrive, impitoyable, et avec fracas. 

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