Nous aussi, Yes We Can!
Je me rappelle des tout premiers mois, fin 1983, début 1984, j'étais un jeune étudiant, écrivant à la pige, je vois ce que nous sommes devenus, je pense à tous ceux qui ont contribué, je pense à tous ceux qui sont là aujourd'hui, collaborateurs, lecteurs, annonceurs, amis, et je me dis que c'est quand même une sacrée belle aventure. Et je nous souhaite que, demain, nous soyons meilleurs qu'aujourd'hui. Je nous souhaite de faire un magazine panafricain aussi bon que les autres grands magazines du monde...
Dans ce contexte ambitieux, je nous souhaite un monde meilleur. Je nous souhaite de passer au mieux le cap d'une crise économique à l'ampleur rare. Je souhaite à l'Afrique de survivre à la tempête. D’en profiter, d'une certaine manière (voir page 133), pour se structurer, se concentrer sur ses propres forces, pour tenter de se défaire en partie de l'emprise de l'aide extérieure. Le chômage, la misère, provoquent souvent la violence, la lutte pour l'eau, pour la terre, pour la survie. il faut presque prier pour que la Chine, l'Inde, les très grands pays émergents, maintiennent une croissance positive, de quoi préserver un minimum d'équilibre intérieur. De quoi acheter, consommer et vendre. De quoi tracter notre commerce, mais aussi le business des pays riches en pleine galère.
Je souhaite que l'on n'oublie pas que, dans cette mélasse, l'environnement, la préservation de notre planète reste un dossier prioritaire. Et que ce ne sont pas les pauvres qui polluent le plus, mais que les pauvres souffrent plus que les autres des bouleversements écologiques et climatiques. Je me dis aussi que l'on pourrait rappeler à tous que le sida tue toujours autant. Que la recherche ne s'oriente pas vers un vaccin qui, seul, pourrait épargner aux pays du Sud un cataclysme plus grave encore. Que l'argent dépensé ne va pas suffisamment en Afrique, et que nous autres, nous fermons tous les yeux, inconscients, comme si cette maladie n'existait pas.
Je me dis qu'il faudrait rappeler à tous les nantis du monde que des maladies vieilles comme la nuit des l’air du temps, le paludisme, par exemple, tuent chaque année par centaines de milliers, dans l'indifférence générale. Et que la pauvreté touche quatre habitants sur cinq de cette planète. Que des centaines de millions de personnes sont, en ce début du XXIe siècle, au bord de la famine. Que des centaines de millions d'enfants n'ont pas la chance minimale d'apprendre à lire ou à écrire. Et que ce moyen âge, à l'époque des temps modernes, est insupportable. Et que l'on n'ira pas très loin comme ça, avec tant d'inégalités et de souffrance.
Je souhaite que nous, nous donnions aussi l'exemple. Que nos chefs, si puissants, parfois si riches, souvent si éloignés de la réalité du petit peuple, redescendent sur terre. Qu'ils puissent aussi rendre des comptes, en toute sérénité, sur l'usage du pouvoir. Je souhaite que l'Afrique montre au monde qu'elle est capable de régler ses problèmes. En Côte d'ivoire, avec des élections transparentes qui mettraient fin à une crise interminable et tragiquement inutile. Au Zimbabwe, où tout un peuple crève de misère, sacrifié sur l'autel des ambitions politiques. Au Darfour, où l'on tolère l'extermination et la violence de masse.
Je souhaite que tous ceux qui luttent pour plus de transparence, moins de corruption, plus d'égalité, soient protégés, encouragés, défendus. Que nos juges et nos journalistes puissent faire leur métier. Je souhaite que la démocratie progresse au sud comme au nord du Sahara. Je pense aussi à Jérusalem, à cette guerre sans fin entre frères arabes et juifs, à la douleur des Palestiniens, peuple sans terre et sans Etat, et je me dis que ce serait bien qu'en 2009, il se passe là-bas un petit quelque chose qui relève de l'espérance.
Je pense enfin à Barack Obama, nouveau président des Etats-Unis, confronté à une récession, à deux guerres sans fin, en Afghanistan et en Irak, à des espoirs qui le dépassent... Je me dis que si lui y croit, que si lui tente, nous aussi nous devons y croire et tenter.
Bonne année 2009, donc, à tous et à toutes, et n'oubliez pas : Yes, We Can!
Chronique [ L’air du Temps ] de Zyad Limam parue dans le numéro double 279 / 280 (décembre 2008 - janvier 2009) d'Afrique magazine.