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Nyaba Leon Ouedraogo,
Des images aux tonalités pop

Par Fouzia Marouf - Publié en mars 2021
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Nyaba Leon Ouedraogo
Nyaba Leon Ouedraogo. ANDREAS ARNOLD/DPA/DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

LES PHOTOS DE CE PORTRAITISTE BURKINABÉ montrent une esthétique contemporaine de l’Afrique. Son œuvre L’Homme et la Matière a été sélectionnée pour illustrer l’affiche du prix Pictet en 2021.

Affable, l’œil vif, Nyaba Leon Ouedraogo se confie sur les portraits de sa série colorée Le Visible et l’Invisible, offrant un spectacle intrigant dans l’antre de la 193 Gallery, à Paris, lors de l’exposition « Colors of Africa », en octobre dernier. Les tonalités pop sont autant de stigmates qui étayent la réflexion de l’interprétation du masque en Afrique : « J’ai réalisé ces photographies à Ouagadougou durant le confinement, j’avais une forte envie de couleur, c’était une période insaisissable. Le masque est un ultime signe de dialogue et de transformation, qui convoque le passé et le présent. Il unit l’identité africaine et des forces en perpétuel mouvement », précise-t-il. Réalisés en studio, à la façon des précurseurs comme Seydoux Keïta ou Malick Sidibé, ses travaux marquent une rupture nette avec l’art du portrait des anciens. Né au Burkina Faso en 1978, mais imprégné d’une double culture, il vit et travaille entre Ouagadougou et Paris. En 2008, cet autodidacte sillonne le Ghana, à l’affût de collecteurs de cuivre. Sa série L’Enfer du cuivre – présentée à la Biennale de Bamako en 2011 – retrace l’exploitation d’une jeunesse en quête de travail mais exposée à des intoxications chimiques.

En 2010, il met le cap sur le Burkina pour y photographier des casseurs de pierre, car sa « matière première reste l’humain, [s]a source d’inspiration incessante » : « Je suis en questionnement constant, mon regard interroge les problématiques et les enjeux contemporains du continent », assène-t-il. Poussant plus loin les limites de son art, il signe The Phantoms of Congo River, entre 2011 et 2013 : il s’inspire du roman culte de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, pour raviver les esprits du fleuve propice aux croyances et partage le quotidien des riverains durant plusieurs mois au bord du Congo. « En photographiant ces corps dénudés, je voulais aborder la représentation du corps noir, car on le regarde sous le prisme du fantasme. J’essaie de le traiter avec pudeur, en racontant la vie de cette jeune génération qui s’est réapproprié les rives. C’est un véritable espace social où l’on fait de nouvelles rencontres, la jeunesse y exprime sa sexualité », avance-t-il.

L’Homme et la Matière, 2020.
L’Homme et la Matière, 2020. DR

Nyaba Leon Ouedraogo continue de naviguer dans les interstices mystiques de l’Afrique et signe, en 2015, Les Dévoreuses d’âmes, série de diptyques à la veine documentaire présentée au Musée du quai Branly : une œuvre énigmatique, ouverte aux croyances mystiques. En 2019, son inclination pour l’humain l’amène à un retour aux sources : avec sa série Théâtre populaire, il rend hommage au lieu du même nom créé à Ouagadougou par Thomas Sankara. « Saisir ce lieu mythique est un acte poétique et politique. Il n’y a pas de société sans culture », déclare-t-il. Celle-ci a été exposée lors de la foire en ligne 1-54 New York en 2020, avec la galerie Afikaris. Cette année, sa photo L’Homme et la Matière illustrera l’affiche du prestigieux prix Pictet pour un autre regard sur la condition humaine.

 

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