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Les panneaux photovoltaïques d’OCP, installés à Benguerir. DR
Les panneaux photovoltaïques d’OCP, installés à Benguerir. DR
Énergie

OCP, le soleil et les batteries

Par Zyad Limam
Publié le 12 octobre 2026 à 16h00
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À Benguerir, le géant marocain des produits phosphatés vient de mettre sous tension le premier système de stockage par batteries à grande échelle du pays, alimenté à l’énergie solaire. Une étape industrielle et un véritable signal stratégique.

Benguerir, septembre 2026. Sur le site minier, dans les plaines sèches du bassin des Gantour, une installation inédite s’apprête à entrer en service. Avec, en bordure de la centrale photovoltaïque, des rangées de batteries sobres, silencieuses, sans cheminée ni turbine… C’est la première structure de stockage par batteries d’origine solaire du Maroc (Battery Energy Storage System, BESS – phase I) : 25 mégawatts de puissance, 125 mégawattheures. Cinq heures d’électricité conservées, prêtes à être restituées quand les installations du site minier en auront besoin.

L’événement dépasse de loin la simple dimension technique. Le problème du solaire n’est pas la production. Une centrale produit en flux continu tant que l’étoile brille. Le défi, c’est le stockage. L’énergie est produite massivement en milieu de journée, puis sa production diminue quand l’astre décline. Les besoins industriels, eux, courent sur vingt-quatre heures. Un écart que l’on comblait jusqu’à présent en tirant sur le réseau traditionnel. C’est cet écart que le stockage vient réduire. Le dispositif de Benguerir lissera l’intermittence, sécurisera l’alimentation des unités industrielles et réduira d’un quart la facture électrique du site pendant les heures de pointe. Il fonctionnera sur un cycle quotidien de charge et de décharge, avec une durée de vie estimée à vingt-cinq ans.

AUTONOMIE ET CONTRÔLE DES COÛTS

Le projet est porté par OCP Green Energy, filiale créée en 2022 et dédiée à la production et au stockage d’électricité issue de sources renouvelables. Sa mission est clairement définie: fournir une électricité propre, compétitive et fiable aux sites industriels et miniers du groupe. Cette stratégie constitue l’un des leviers permettant de couvrir, à terme, l’intégralité de ses besoins par des énergies propres. La mise sous tension de Benguerir prolonge une séquence engagée quelques mois plus tôt, avec l’entrée en exploitation de 202 mégawatts-crête de capacité photovoltaïque répartie sur trois sites – Benguerir, Foum Tizi et Oulad Farès, à Khouribga, ce dernier étant le plus important (105 MWc).

« Comme nous l’avions annoncé l’année dernière, lors de la mise en service de nos premiers projets solaires photovoltaïques, le stockage constitue le prolongement naturel de notre stratégie énergétique, explique Omar Kadir, directeur général d’OCP Green Energy. Il nous permet de concilier la production variable des énergies renouvelables avec les besoins continus de nos plates-formes industrielles, tout en renforçant la fiabilité de notre approvisionnement. Au-delà des besoins du groupe OCP, cette technologie ouvre la voie à une intégration plus harmonieuse des énergies renouvelables dans le système électrique national. En apportant davantage de flexibilité et de résilience au réseau, elle contribuera à accélérer le déploiement des capacités renouvelables. »

Derrière le projet se dessine la logique constante du groupe OCP : l’autonomie et le contrôle des coûts. À l’échelle d’un industriel qui extrait, broie, transporte par pipeline, attaque la roche à l’acide et granule des millions de tonnes d’engrais, l’électricité est l’un des tout premiers postes de dépense. Chaque kilowattheure produit et consommé sur place échappe aux cours internationaux, aux tensions, aux importations (en particulier d’hydrocarbures). C’est une question d’autonomie énergétique. Et une question de compétitivité : maîtriser ses coûts de production, c’est maîtriser le prix de vente de ses propres engrais sur les marchés mondiaux. Le plan d’investissement 2023-2027 – quelque 13 milliards de dollars – vise précisément cet objectif : une électricité, une eau, un ammoniac et un hydrogène bas carbone et compétitifs pour alimenter les opérations. Avec, en ligne de mire, la neutralité carbone à l’horizon 2040, dix ans avant les principales échéances internationales.

UNE PLACE DE CHOIX À OCCUPER

Pour le stockage de Benguerir, OCP Green Energy a signé, fin 2025, un contrat de fourniture et de mise en service avec l’équipementier chinois Envision. Le groupe a acheté au bon moment, avant les répercussions de la crise dans le détroit d’Ormuz. S’y sont ajoutées des conditions de financement avantageuses, dont 20 millions de dollars du Clean Technology Fund porté par la Banque africaine de développement. L’investissement total avoisine 170 millions de dirhams. Il couvre l’acquisition des équipements, mais aussi tout ce qui a permis de les faire tenir ensemble sur le site : génie civil et électrique, études et pilotage du projet, entièrement portés par des compétences marocaines.

Ces batteries reposent sur une chimie LFP : lithium, fer, phosphate. Celle-ci a été retenue pour ses qualités propres – sécurité, stabilité thermique, longévité – et parce qu’elle s’est imposée mondialement sur le stockage stationnaire comme sur les véhicules électriques, portée par une industrialisation chinoise massive. C’est aussi et surtout une filière phosphate. Celui-là même dont le Maroc détient près de 68% des réserves mondiales identifiées, celui qu’OCP extrait à quelques kilomètres du site où les modules viennent d’être branchés. Le groupe se trouve ainsi en amont et en aval d’une technologie particulièrement novatrice et disruptive en matière d’énergie durable. Le minerai qui nourrit les sols pourrait, demain, stocker l’électricité qui fait tourner les mines dont il est extrait. L’énergie était un coût. Elle devient une véritable business opportunity. Et le phosphate, longtemps destiné à l’engrais, s’impose comme l’une des briques incontournables de la transition énergétique.

Pour le groupe OCP, il y a clairement une place de choix à occuper dans la chaîne de valeur du développement durable et des énergies propres. La recherche est particulièrement active dans ce domaine au sein du groupe. Aux côtés de l’Université Mohammed VI Polytechnique, justement installée à Benguerir, OCP travaille depuis plusieurs années à produire des matériaux LFP à partir de l’acide phosphorique. Ces travaux ont abouti à des composants à haute performance et à une propriété intellectuelle propre, couvrant les procédés de fabrication comme les caractéristiques de la matière active. Ils entrent aujourd’hui en phase de mise à l’échelle, en vue d’une industrialisation.

À Benguerir, 25 MW, 125 MWh : ce n’est qu’un début. Une première phase, à l’échelle industrielle, dont la mise en service commence dans les prochaines semaines. Mais ces programmes se déploient sur des horizons de dix, quinze, vingt ans. Et l’ambition affichée est de contribuer à l’émergence, au Maroc, d’un écosystème intégré autour des batteries lithium-ion à base de LFP.

OCP Green Energy s’est associée à Envision pour déployer ce système de stockage d’énergie. DR
OCP Green Energy s’est associée à Envision pour déployer ce système de stockage d’énergie. DR