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Littérature

Ondjaki
Les mots bleus

Par CATHERINE FAYE - Publié en février 2021
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PHILIPPE MATSAS/OPALE/LEEMAGE - DR

Tendre et original, L’ÉCRIVAIN LUSOPHONE continue de revisiter l’histoire angolaise. Avec poésie et drôlerie.

IL EST L’HÉRITIER de Gabriel García Márquez, Julio Cortázar et José Saramago. Du Grec Níkos Kazantzákis aussi, dont l’inénarrable Alexis Zorba demeure une ode à la liberté. D’aucuns le diraient inscrit dans la lignée du réalisme magique. Pourtant, l’Angolais Ondjaki, né Ndalu de Almeida en 1977, assure que tout ce qu’il raconte n’a rien d’irrationnel. En 2015, lors de la parution française de son précédent roman, Les Transparents, récompensé par des prix prestigieux, il confiait au Monde : « Quand j’étais adolescent, ma grand-mère passait son temps à me raconter des histoires. Depuis, je ne fais pas la différence entre la vie et les contes. » Le merveilleux, le genre humain, l’allégresse du quotidien peuplent ses textes d’une sincérité à la fois naïve et métaphorique. Pour nous dire son pays, le romancier joue sur les mots, entrelace souvenirs réinventés, poésie et langue orale. Les scènes banales de la vie angolaise s’animent de sons, de couleurs, d’odeurs. Décrivent un monde plein de fantaisie, malgré les dérives, les injustices, la guerre civile, les absurdités historiques et politiques. Surtout lorsque les narrateurs sont des enfants. Comme dans ce troisième roman, paru à l’origine en 2008 et enfin traduit en français. Alors, tout devient possible. Les éclats de rire, les rêves. Envers et contre tout. À Praia do Bispo, petite plage de la banlieue de Luanda, une joyeuse bande de gamins pose un regard décalé sur l’époque du marxisme angolais. Des coopérants soviétiques sont venus construire un mausolée pour la momie d’Agostinho Neto, le père de la Révolution. L’un d’eux, devenu l’ami de GrandMèreDixNeuf, à qui l’on a dû amputer un orteil, rêve des hivers russes. Dans cet univers radieux, les adultes refusent de grandir, les enfants convoquent la magie. « [Ils] n’ont pas peur de la vérité », écrit Ondjaki, qui a lui-même passé ses tendres années dans un Angola ivre de pétrole et de guerre. Sous sa plume, les bleus à l’âme se teintent de mille couleurs. C’est sans doute pour cela que le bleu – du ciel, de la mer, des yeux – traverse son récit. De part en part

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