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C'est comment ?

Parcours d'écoliers

Par Emmanuelle Pontié
Publié le 1 octobre 2026 à 13h27
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Voici revenu le casse-tête de la rentrée des classes. En septembre dans quelques pays, comme en Côte d’Ivoire, où 5,3 millions d’enfants ont rejoint les bancs du primaire et 3,5 millions ceux du secondaire le 14. Mais aussi en octobre, le 1er au Mali et au Congo, le 8 au Sénégal. En Afrique, c’est une période compliquée, aussi bien pour les parents que pour les élèves et les professeurs. Mettons de côté les familles de nantis qui inscrivent leur progéniture dans l’école bilingue ceci ou française cela. Privées et payantes. Pour tous les autres, le parcours du combattant annuel est de rigueur.

Financièrement d'abord, avec une flambée des prix des fournitures scolaires importées, due aux différentes crises mondiales qui ont fait grimper le coût du papier, du transport et de l'énergie. Et peu d'États appliquent une gratuité dans le secteur, malgré les budgets souvent colossaux qui sont alloués aux ministères chargés de l'Éducation. Dans certaines régions, en plus des cahiers et des livres, il faut apporter son banc ou sa chaise dans des écoles dénuées de tout mobilier, qui ressemblent la plupart du temps à des coquilles vides, notamment dans les villages reculés. En cette période, les banques multiplient les propositions de prêt, souvent à des taux faramineux et inaccessibles pour la population. Résultat : il faut parfois faire un choix et contourner le concept de l'école obligatoire, en gardant à la maison certains de ses enfants, surtout les filles, que l'on assigne aux tâches ménagères.

On peut ajouter à cela le souci des zones en guerre, où les établissements n'ouvrent pas. Et enfin, les nombreuses grèves des enseignants, qui réclament une hausse de leurs salaires, voire un salaire tout court, fréquemment versé en retard dans certains pays.

Selon le Rapport mondial de suivi sur l'éducation 2026 de l'Unesco, paru le mois dernier, le nombre d'enfants et de jeunes non scolarisés a augmenté pour la septième année consécutive, atteignant 273 millions dans le monde, dont près de 100 millions sur le continent… Dans presque toutes les régions du globe, les progrès réalisés pour maintenir les enfants à l'école ont ralenti depuis 2015. Et particulièrement en Afrique subsaharienne, en raison de la multiplication des conflits et d'une croissance démographique effrénée. Ce dernier point représente une réelle inquiétude pour les années à venir. Le nombre d'écoles construites et d'enseignants formés augmente moins vite que le nombre de naissances. De fait, le système scolaire aura du mal à s'améliorer et à absorber le flux de nouveaux arrivants.

Un nombre impressionnant d'études, de projections et d'analyses sur le sujet fleurissent un peu partout sous la plume des experts africains et internationaux – sans que la situation s'améliore ni que la tendance s'inverse dans le système scolaire. On peut comprendre qu'il n'est pas facile de maîtriser les courbes démographiques et qu'il n'est pas aisé de mettre fin aux conflits et aux crises multiples. Pourtant, ces mêmes experts rappellent à qui veut l'entendre que l'éducation est absolument vitale pour la bonne santé de nos sociétés de demain. Sans elle, le développement et la prospérité ne seront pas possibles.

Alors pourrait-on (re)mettre l'école au cœur des politiques africaines, concrètement, et pas seulement dans les beaux discours ? En dotant encore davantage les ministères qui lui sont consacrés, en instaurant une vraie gratuité dans le secteur public, y compris pour les fournitures diverses. En formant des professeurs motivés, mieux payés, afin qu'ils repeuplent les nombreux établissements vides. Augmenter le taux de scolarisation, notamment celui des filles, est une nécessité absolue. Il faut trouver des solutions et sortir l'Afrique de l'ornière, faire en sorte qu'elle ne détienne plus, d'année en année, le triste record du continent le plus déscolarisé du monde.