Perspectives (Dé)coloniales
Le Mémorial de Caen accueille, pour la première fois, une quarantaine de grands artistes africains qui interrogent la marche de l'Histoire.
|
|
Pour le Mémorial de Caen, c'est une première. L'institution, consacrée à l'histoire du xxe siècle et à la paix, a imaginé une exposition autour de la colonisation et de la décolonisation, avec une soixantaine d'œuvres qui révèlent la vision, les engagements et les interrogations de 43 artistes originaires du continent et mondialement connus. Leur mise en scène suit une réflexion sur la conception ethnographique des représentations de l'Afrique par les Occidentaux. Elle a été encadrée, entre autres, par la cocommissaire scientifique Ayoko Mensah, dont la pratique curatoriale se focalise sur les enjeux et les narratifs décoloniaux dans le monde de l'art contemporain.
Le parcours s'ouvre avec des images tirées des séries « Liberty » et « Diaspora » du photographe sénégalais Omar Victor Diop. Il y explore le concept de « protestation noire », rendant hommage aux mouvements de contestation et de revendication antiracistes à travers le monde.
Une chronologie historique, qui questionne l'historiographie européenne autour du continent, introduit le visiteur aux salles de l'exposition, partagées sur deux étages autour de cinq thématiques. « Les soldats africains dans les guerres », avec les travaux de Roméo Mivekannin et Omar Ba, éclaire le rôle majeur que les centaines de milliers de « tirailleurs sénégalais » ont joué dans les guerres coloniales européennes et dans les deux conflits mondiaux. « L'ordre de l'injustice », reprenant les mots de Senghor, aborde la violence, la domination et l'exploitation à l'origine du concept de colonisation. Les mouvements d'opposition à l'oppression sont au cœur du chapitre « Résister », avec les portraits de Samuel Fosso ou l'alphabet bété, inventé par l'Ivoirien Frédéric Bruly Bouabré pour lutter contre la marginalisation de la culture de son peuple.
Avec « L'aventure ambiguë », on explore les hybridations culturelles, les tensions identitaires, le néocolonialisme et les régimes autoritaires, mais aussi la résilience et les rêves, postindépendance. La visite se termine par « Un monde à reconstruire ». Une section qui regarde les défis d'aujourd'hui et de demain à travers les œuvres de Bodys Isek Kingelez, Fabrice Monteiro, Alioune Diagne ou Ouattara Watts, qui transcendent les particularismes locaux.
|
|