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Pour les femmes

Par empontie
Publié le 22 février 2011 à 12h43
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Le même 8 mars est d’ailleurs férié dans certaines nations, comme au Burkina, par exemple. Ce jour-là, les hommes plaisantent à Ouaga en annonçant fièrement qu’ils ont fait la vaisselle… Sympa. On pourrait se dire que cette fête est enfin devenue un jour symbolique, léger, drôle, survivance rigolote d’une lutte de grand-mères… Que le combat sérieux, grave, central, contre les inégalités insupportables, les souffrances atroces et les tortures faites aux femmes dans le monde est relégué à hier. Malheureusement, les statistiques que l’on ressert chaque année à cette période prouvent le contraire. Et c’est bien que l’on s’en « ré-imprègne », en Europe, aux États-Unis, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique… Parce qu’aucune terre n’est épargnée.

Aujourd’hui, on viole et on torture quotidiennement des femmes et des fillettes au Kivu, en RD Congo. Aujourd’hui, on lapide régulièrement des jeunes filles violées, pour cause de soi-disant adultère, au Nigeria ou en Somalie. Aujourd’hui, 35 % de femmes sont victimes de violences physiques ou d’agressions sexuelles en Égypte. Au Pakistan, en Arabie saoudite, en Jordanie, on pratique tranquillement le « crime d’honneur », véritable droit de vie et de mort sur la gent féminine, au vu et au su de tout le monde, justice incluse. Dans le sous-continent indien, les jeunes épouses brûlées ou défigurées à l’acide par leurs belles-familles sont légion. Ce ne sont que quelques exemples pris au hasard.

Dans les pays dits « développés », les violences existent aussi. En France, tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son mari ou de son compagnon. Aux États-Unis, dans dix-huit États, elles sont encore enchaînées en prison lorsqu’elles sont enceintes et même lorsqu’elles accouchent. La liste est incroyablement longue…
Et tout à coup, je me dis que sur cette planète totalement cinglée, où l’on est encore capable de traiter les femmes ainsi, le 8 mars est un jour important. Juste pour ne pas oublier que le combat doit continuer, parce que toutes les femmes du monde, y compris celles qui se croient protégées, épargnées, doivent rester éveillées, à l’écoute. Et dénoncer, plutôt que de se contenter d’accepter un bouquet de fleurs de leur mari.

Chronique [ C’EST COMMENT ? ] d’Emmanuelle Pontié parue dans le numéro 282 (mars 2009) d'Afrique magazine.