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Littérature

Pour penser les plaies

Par Catherine Faye
Publié le 17 mai 2021 à 07h58
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​​​​​​​Au fil d’une narration foisonnante, l’auteur congolais Blaise Ndala ausculte la RELATION POST-COLONIALE entre la Belgique et la RDC

DR
VALERIAN MAZATAUD 

DIFFICILE DE NE PAS SE PRÉCIPITER sur un roman qui invoque, en exergue, Victor Hugo, James Baldwin et Toni Morrison. Surtout lorsque son titre, Dans le ventre du Congo, et son propos, l’histoire douloureuse et singulière entre les Belges et les Congolais, réveillent en nous les vers emblématiques d’Alfred de Musset : « Sombre et silencieux, étendu sur la pierre / Partageant à ses fils ses entrailles de père / Dans son amour sublime il berce sa douleur. » Il y a dans le romantisme tourmenté du Pélican l’idée de sacrifice et de rédemption. De malheur et d’espérance. Comme dans ce récit captivant, qui emporte le lecteur sur les traces de la jeune Tshala, fille de l’intraitable roi des Bakuba, exhibée en 1958 dans le « village congolais » de l’Exposition universelle de Bruxelles – c’était hier –, avant de disparaître sans explication. Près d’un demi-siècle plus tard, l’une de ses nièces croise la route d’un professeur de droit à l’Université libre de Bruxelles, hanté par le fantôme de son père, qui fut l’un des responsables de l’exposition consacrée aux colonies. Une succession d’événements et de révélations leur dévoile peu à peu les secrets emportés dans la tombe. C’est justement en découvrant les tombes de sept Congolais, morts après avoir été exhibés dans le parc de Tervueren lors de l’Exposition internationale de Bruxelles de 1897, qu’est venue à Blaise Ndala l’idée de raviver la mémoire de ces hommes et femmes oubliés de l’histoire, des deux côtés de la Méditerranée.

Dans le ventre du Congo
 ÉDITIONS DU SEUIL

Hanté par ces figures éteintes, le juriste et auteur de deux romans remarqués, J’irai danser sur la tombe de Senghor (L’Interligne, 2014) et Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d’encrier, 2017), s’est fixé comme objectif de donner une voix à cette relation, souvent complexe, entre les anciens colonisés et la Belgique contemporaine. À travers trois personnages très forts, la princesse, son père et sa nièce, il se fait le chantre des héros occultés, des 5 millions de Congolais exterminés par les travaux forcés imposés par Léopold II, de toutes les femmes qui ont joué un rôle important pendant la période coloniale. Mais aussi du royaume Bakuba, l’un des plus fastueux, qui résonne encore aujourd’hui à travers l’art statuaire exposé, à son corps défendant, dans les musées occidentaux. Sans jamais tomber dans un manichéisme réducteur.