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Pour un nouveau contrat franco-algérien

Par Fehmi.HANNACHI
Publié le 5 avril 2012 à 12h09
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ET SI 2012, année du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, était celle où débuterait enfin un vrai processus de dialogue entre la France et l’Algérie sur leur histoire commune? Un processus sans préalables, sans conditions, sans passions, sans rien occulter et surtout coupé des calculs politiciens des deux côtés de la Méditerranée.

Et si on laissait les historiens travailler? Une commission mixte de chercheurs reconnus, spécialistes des questions franco-algériennes ou algéro- françaises (c’est selon), qui aborderaient les thèmes sensibles et les épisodes douloureux des cent trente-deux années de présence française en Algérie. Et si on commençait par les événements du 8 mai 1945, date ô combien symbolique et point de non-retour du processus indépendantiste algérien. Sans a priori, laisser les historiens travailler sereinement afin d’établir les faits et jeter les bases d’une approche lucide sur notre histoire commune, puis en tirer les conséquences qui s’imposeraient afin d’apaiser les esprits de tous bords.

Et si nous faisions de même pour la question de la tragédie des Harkis? Et si nous laissions pour un instant de côté les lobbies coupables de décennies de pressions et de manipulations politiciennes qui ont empêché les retrouvailles historiques inévitables que des générations attendent? Comment ne pas voir que la démarche politicienne concernant la tragédie des Arméniens (épisode historique où la responsabilité de l’État français n’est en rien engagée) ne peut que choquer lorsque les autorités françaises ont attendu 1999 pour qualifier la guerre d’Algérie de « guerre » et continuent à nier l’inévitable devoir de mémoire et de vérité concernant notre histoire commune. Regarder avec discernement, lucidité et sens de la responsabilité les tragédies du passé nous permettra d’envisager sereinement l’avenir et d’en saisir les perspectives, car c’est de cela qu’il s’agit.

Et si la réconciliation franco-allemande à travers la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), puis le processus aboutissant à la construction européenne, servait de modèle? Un rapprochement stratégique dans le domaine énergétique (pour ne citer que celui-ci) entre des fleurons comme Sonatrach et GDF? Des prises de participation dans de grands noms tels qu’Areva, Alstom, EADS ou Renault grâce aux réserves spectaculaires que l’Algérie accumule depuis des années? Et si une vraie politique de partenariat dans les domaines culturels, de la recherche et des échanges universitaires était conjointement lancée et financée afin que les nouvelles générations (plus de 75 % de la population algérienne) puissent mettre à profit les extraordinaires complémentarités entre les deux peuples? Et si nous profitions de cette année électorale (présidentielle et législatives en France et législatives en Algérie) pour souhaiter qu’un nouveau leadership ambitieux permette enfin de changer les choses? Il est à noter une différence de taille entre les deux prétendants principaux à la magistrature suprême en France : François Hollande considérant que le temps de jeter un regard lucide sur notre histoire est venu et Nicolas Sarkozy estimant que la France ne sera jamais dans une démarche de repentance... Et si 2012 était l’année où nous pouvions enfin faire des rêves et en réaliser certains?

Par FEHMI HANNACHI (Directeur général adjoint d’ABC International Bank)