Quand Venise regarde vers l'Afrique
La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania, Lion d'argent pour son film déchirant sur Gaza l'an dernier, est membre du jury de la 83e édition de la Mostra. Le plus ancien festival de cinéma du monde se tourne régulièrement vers le cinéma de l'autre côté de la Méditerranée, participant même à sa production.
Elle revient à Venise comme membre du jury – présidé par l'actrice et réalisatrice américaine Maggie Gyllenhaal –, un an après avoir remporté le Lion d'argent pour La Voix de Hind Rajab. Kaouther Ben Hania connaît bien la Biennale et son festival de cinéma. En 2013, la cinéaste tunisienne y présentait Le Challat de Tunis, son vrai-faux documentaire sur un agresseur de femmes dans les transports à Tunis. Un film pas encore terminé, mais projeté à des professionnels du cinéma dans le cadre du Final Cut Venice, tout juste créé pour les cinéastes africains et arabes. Accueil VIP et projection de leurs films, de fiction ou documentaires, parfois sans mixage ni montage définitif, devant un public restreint : distributeurs, sociétés de postproduction, programmateurs de festival, mais aussi responsables d'organisme et d'entreprise octroyant des prix dotés de milliers d'euros, permettant de boucler un budget ou de trouver une diffusion.
C'est ce qui est arrivé au Guinéen Thierno Souleymane Diallo (Au cimetière de la pellicule (1), 2022) ou à Dieudo Hamadi, avec son beau documentaire sur le fleuve Congo, En route pour le milliard (2), soutenu à Venise en 2019 et sélectionné au Festival de Cannes l'année suivante – il y est retourné l'an dernier en tant que membre du jury. Son compatriote Rafiki Fariala avait aussi bénéficié de ce coup de pouce vital pour son documentaire tourné à Bangui : Nous, étudiants ! (3) (2022). Il a, cette année, été remarqué sur la Croisette pour Congo Boy, qui sortira en salles en novembre.
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Lauréat du Final Cut Venice 2025, un film camerounais, La Maison du vent, se retrouve un an plus tard en sélection officielle, section Orizzonti. Tourné à Yaoundé, c'est le premier long-métrage de Bernard Auguste Kouemo Yanghu. Aucun film africain en compétition pour le Lion d'or, toutefois… Mais la sélection parallèle Journées des auteurs accueille deux productions, une nigériane et une égyptienne. Par ailleurs, une version restaurée des Yeux bleus de Yonta (1992), de Flora Gomes, sera présentée.
Plus surprenant : douze ans après avoir tourné Timbuktu en Mauritanie, Abderrahmane Sissako y situe le cadre de son premier film en réalité virtuelle : Artou, coproduit par Omar Sy, qui en assure aussi la voix off, est un moyen-métrage en compétition dans la sélection Venice Immersive. Sur la célèbre lagune, l'Afrique n'est pas à l'écart du cinéma mondial et de ses évolutions.