QUE FAIT LA POLICE ?
SANS ÊTRE BIEN SPÉCIALISÉE dans les questions de sécurité, de police, d’uniformes et autres épaulettes, il me semble que les citoyens des grandes villes africaines sont en droit de se poser des questions. Excluons les big cities totalement gangrenées par l’insécurité haut de gamme, genre Johannesburg, Lagos ou Kinshasa... Prenons les bonnes petites capitales paisibles, genre Brazzaville, Yaoundé, Libreville, Dakar ou Cotonou.
Chaque année, on lit dans les colonnes des quotidiens nationaux les listes pléthoriques des promotionnaires de telle ou telle école d’hommes en tenue. Autant de fonctionnaires qui pèsent lourd sur le budget de l’État et qui, sauf erreur de ma part, doivent principalement être au service des populations. Pour les protéger et veiller à leur bien-être dans la cité, non? Pourtant, vous les voyez, vous, les policiers, quand une femme se fait arracher son sac ou quand un 4×4 se fait braquer et emmener dare-dare pour être revendu dans le pays d’à côté sans être inquiété? Quand un carrefour est réputé pour être totalement embouteillé à heure fixe, avec des feux rouges la plupart du temps en panne, apercevez-vous un agent de circulation dans les parages? Jamais! C’est curieux, quand même...
En revanche, quand il s’agit d’arrêter les taxis pour les « contrôler », avant de les laisser repartir moyennant un bon petit biffeton, là, y a du monde... On ne compte plus le nombre de fois où, sur le boulevard du bord de mer de Lomé par exemple, les dames au volant se font poliment stopper par un membre des forces de l’ordre, tout sourire : « Maman, tes enfants ont faim... » On peut comprendre que les fins de mois sont difficiles, et peut-être davantage pour eux... Mais que leurs supérieurs leur demandent quand même un peu de faire leur boulot, non ? Et de se trouver là où il faut, aux endroits où l’on a besoin d’eux. Ça ne mange pas plus de pain..
Et ça permettrait accessoirement à certaines capitales réputées paisibles et sûres de ne pas être peu à peu gagnées par la petite délinquance au quotidien. Les crises à répétition et la paupérisation des populations encouragent le banditisme urbain. Petit aujourd’hui, et plus grand demain. Alors si les « hommes en tenue » pouvaient faire un peu leur boulot, et pas seulement parader autour des chefs d’État en tenue d’apparat, ou au bar du maquis du coin, pendant leurs heures de service, ça serait cool. Je me trompe?
Par Emmanuelle PONTIÉ