avril 2019

Rania Benchegra : American dream

Par Fouzia MAROUF
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En peu de temps, la jeune top-modèle marocaine s’est imposée sur le papier glacé des magazines les plus prestigieux outre- Atlantique. Sa silhouette sexy et dans l’air du temps a conquis les plus grandes marques. Retour sur une successstory singulière qui nous fait voyager des sommets de l’Atlas aux côtes de la Californie.
 
Front haut, regard de braise et un air bien décidé… Les traits empreints de douceur de Rania Benchegra évoquent à la fois l’Orient et l’Amérique latine. Naturelle, cheveux ramassés en chignon haut, elle débarque avec un grand sourire dans le palace parisien proche des Champs-Élysées où le rendez- vous a été fixé. Elle se confie en toute simplicité tout en commandant des dattes et des amandes. Elle a travaillé toute la journée et son ventre commence à crier famine. Née à Marrakech, la jeune femme de 22 ans est aujourd’hui installée à Los Angeles, où elle travaille avec la célèbre agence Next Management, la troisième plus grande au monde, présente à Londres, Milan et Paris.
 
UNE FORCE DE CARACTÈRE 
Audacieuse et combative, elle décide de tenter sa chance en Californie, alors qu’elle n’a que 19 ans : « À l’époque, je vivais au Nigeria et je venais de divorcer après un an de mariage. Je n’avais que 150 dollars en poche. Comme j’avais un oncle qui habitait à Los Angeles, je suis naturellement allée chez lui. Lorsqu’il m’a vu arriver en short et que je lui ai parlé de mes rêves de mannequin, il m’a annoncé qu’il venait d’épouser une Américaine qu’il souhaitait convertir à l’islam et donc que je tombais mal… Je ne pouvais pas rester chez lui. » Qu’à cela ne tienne ! Rania, gonflée à bloc, avait déjà repéré plusieurs prestigieuses agences de la côte Ouest. Elle raconte : « Toujours en short, j’ai frappé à la première porte, celle de Next Management. À ma grande surprise, j’ai été très bien accueillie, on m’a dit “we want you, we love you !” » Le jour même, elle signe un contrat pour une durée de six mois et s’installe dans un appartement en colocation avec d’autres mannequins. Grâce à sa patience et à sa ténacité, elle obtient finalement un visa spécial talent. « C’était crucial, mon expérience au Maroc m’a vraiment sauvée. J’ai présenté les nombreuses couvertures de magazines comme L’Officiel, Nissa, Femme du Maroc pour lesquelles j’avais posé. Et j’ai obtenu ce visa qui m’a permis de poursuivre ma carrière aux États-Unis. » Elle amasse un petit pécule pendant six mois sur son compte en banque et, toute fière, envoie un screenshot de son relevé bancaire à son père ! « Je me suis acheté une voiture, je me suis stabilisée », se souvient-elle.
Aujourd’hui, Rania s’est largement imposée dans le milieu, c’est une silhouette que les marques veulent, un body désiré, elle multiplie les allers-retours entre Los Angeles et New York. Sa personnalité, son visage accrocheur et ses mensurations parfaites ont conquis de grands noms de la mode. Elle parle de ses prestigieux contrats avec Dior, Roberto Cavalli, Dolce & Gabanna, Adidas, Free People, Anastasia Beverly Hills ou encore Smashbox Cosmetics, H&M et aussi la fameuse marque de lingerie, Victoria’s Secret.
100 % MAROCAINE La jolie môme, qui tient souvent la pose lors d’instantanés glacés pour ELLE (US), collectionne aussi les interviews et a fait la couverture de Vogue Arabia. Sa force ? Ses origines arabes car elle a la chance d’être 100 % marocaine. « C’est assez rare dans le milieu. Souvent les filles sont métisses, avec des origines danoises ou anglaises, éthiopiennes ou marocaines. Je compte bien représenter le Maroc ! » assène-t-elle tout en dégustant une datte.
Karim Tassi, designer basé à Marrakech et réputé pour ses vaporeux selhams (capes marocaines) se rappelle des débuts de la belle dans le mannequinat : « Rania m’a d’emblée inspiré. Elle a un genre très contemporain avec ses traits précis, anguleux et en même temps je l’ai trouvé douce, agréable et pleine d’humilité. Nous avons fait des séances photo, toutes les tenues lui allaient à merveille, elle incarnait parfaitement la “femme Tassi” ! C’est un mannequin qui exprime de la force et de la détermination avec sérénité. J’aimerais beaucoup la retrouver pour un show ou un shooting, je suis très admiratif du chemin qu’elle a parcouru. » Le conte de fées commence dans la cité ocre, sa ville natale. Rania est repérée à Marjane, le centre commercial de la région où elle fait des courses avec sa mère alors qu’elle n’a que 16 ans. Elle est invitée à passer une audition à Casablanca par l’une des organisatrices du concours Elite Model. Son père qui travaille dans le milieu de la production cinématographique s’y oppose farouchement. Pourtant, la jeune fille est une enfant de la balle : dès l’âge de 5 ans, elle pose pour des publicités de la marque Petit Bateau. Elle fréquente souvent aussi les tournages de superproductions internationales aux côtés de son père. La fillette est la mascotte des plateaux, sympathisant avec les étoiles hollywoodiennes, comme Ben Kinsgley. « De retour à l’école primaire, mon institutrice me disait qu’elle allait reprendre les cours afin que je n’aie pas de retard. Je lui répondais pleine d’aplomb que je n’en avais pas besoin car je serai une star ! » s’amuse-t-elle aujourd’hui. C’est avec la complicité de sa mère (et à l’insu de son père) qu’elle se rend dans la métropole casablancaise afin de passer son premier casting, qu’elle réussit haut la main. Durant quatre mois, elle fait du sport, suit un régime alimentaire drastique afin de concourir au très attendu concours, Elite Model Look, qui se tient alors à l’hôtel Sofitel de Marrakech. « J’ai gagné ce premier concours et je suis ensuite allée en Chine afin de représenter le Maroc pour l’étape suivante. Il y avait des filles du monde entier. De retour à la maison, je me suis battue et je n’ai pas lâché prise, j’ai rencontré de nombreux couturiers et rédactrices en chef de magazines féminins. Puis je me suis mariée à 18 ans et j’ai suivi mon mari, métis brésilien et italien qui avait une entreprise de construction au Nigeria. »
 
ABUJA, LA PARENTHÈSE NIGÉRIANE 
Durant plus d’un an et demi, Rania sillonne le Nigeria aux côtés de son époux. Ils habitent alors à Abuja, la capitale fédérale, ville à laquelle elle est aujourd’hui particulièrement attachée, sensible à son énergie communicative. « C’est une part importante de ma vie, chère à mon coeur. J’y étais totalement heureuse et pleine d’insouciance, comme préservée du monde extérieur et de sa frénésie. Je ne me préoccupais absolument pas des réseaux sociaux. Je lisais Yasmina Khadra et Paulo Coelho. J’étais en phase avec moi-même. » Lorsqu’elle ne travaille pas, Rania aime retourner sur les traces de son enfance marrakchie, aller à la chasse avec son oncle à Merzouga : « La première fois qu’il m’a tendu son fusil, j’ai visé un pigeon dont on voyait à peine la tête au milieu des feuillages », dit-elle.
Revendiquant fortement son arabité, elle suit avec intérêt les jeunes talents qui émergent sur la scène de la mode internationale, comme Karim Adduchi, fashion designer en vogue basé à Amsterdam. Ce dernier présente d’ailleurs début mars sa nouvelle collection, « Maktub », à l’hôtel Saint James à Paris. « Il est hyper créatif et porte clairement une vision marocaine, totalement adaptée à la femme contemporaine. Il me rappelle Azzedine Alaïa, que j’ai eu la chance de rencontrer et qui est pour moi le plus talentueux styliste du monde arabe. En plus d’avoir toujours su insuffler son âme orientale à travers son art, c’était un homme très attachant et tendre », se souvient-elle.
De passage dans l’Hexagone afin d’étendre ses collaborations en Europe, Rania souhaite conquérir de nouvelles marques et défiler pour de célèbres couturiers. Et aussi s’essayer au cinéma, bien entourée par des acteurs confirmés : « J’ai la chance d’être guidée par Jared Leto (qui a joué notamment dans Requiem for a Dream), mon meilleur ami. De retour à Los Angeles, je vais poursuivre les castings, j’ai déjà fait des essais pour deux superproductions. Cela m’encourage à persévérer. » En femme d’action, Rania, toujours au top, poursuit son chemin, décidée à réaliser ses rêves. 
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