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Retour à Abidjan

Par zlimam
Publié le 18 février 2011 à 21h10
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Pour ce visiteur de passage, donc, tout semblerait presque normal, une normalité « africaine », un pays qui tourne cahin-caha, tant bien que mal, plutôt mal que bien, mais bon… On se dit qu’après plus d’une décennie de crise politique, et une quasi-guerre civile, et quelques milliers de victimes, ça aurait pu être bien pire. On se dit que, pour une République où plus personne n’est élu depuis un bail, ni le président, ni les députés, ni les maires, la machine n’est pas si grippée.

À Yamoussoukro, on construit une nouvelle capitale à coups de centaines de milliards de F CFA. À Abidjan, on refait aussi l’hôtel Ivoire, étrange et fascinant éléphant blanc, incarnation de l’orgueil et de la démesure des années 1970. Sur le boulevard lagunaire, le trafic est dense. Il y a des hommes d’affaires, des projets, de beaux costumes, de belles voitures, de belles filles et de belles boîtes de nuit. Il y a, paraît-il, beaucoup de pétrole le long de la côte, en offshore. Une armada de hauts fonctionnaires internationaux alimentent le système.

Le Nord, lui, vit sa vie, en totale autonomie ou presque. Il y a un gouvernement d’éternelle transition, des listes électorales « blanches », des listes « grises », une date toujours repoussée pour élire un président. Et on se dit que, quelque part, il y a chez les Ivoiriens une vraie capacité de survie, d’adaptation…

La vérité, c’est que la Côte d’Ivoire résiste, mais qu’elle est épuisée. Sorti du coeur d’Abidjan, et des chantiers de Yamoussoukro, le reste du pays est à l’abandon ou presque. Dans la capitale économique, les délestages, les coupures d’eau sont fréquentes. Le petit peuple, et le moins petit, subit de plein fouet la crise, s’enfonçant dans la précarité. Privés de toute visibilité, les investisseurs attendent, freinent les projets.

Le vide juridique, institutionnel, l’absence d’élections, les autorités multiples, vident l’État de sa substance et de sa légitimité. L’armée n’est qu’une apparence. La police se sert sur les administrés. D’ailleurs, chacun se sert là ou il peut. Depuis plus de dix ans, tout un pays vit en suspension, dans l’attente du prochain désastre, de la prochaine explosion de violence.

Et, de plus en plus, on entend des jeunes et des moins jeunes rêver tout haut de l’intervention d’un capitaine magique, d’un officier vertueux et exemplaire qui viendrait mettre tout le monde d’accord…

Et pourtant on sent ce pays, on sent sa force, sa promesse. Ce qu’il faut, c’est un acte fondateur, ou refondateur, une nouvelle balise historique. Ce qu’il faut, c’est aller à l’élection présidentielle, mais aussi aux législatives, de vraies élections, renouveler le personnel politique, doter le pays d’une direction claire et reprendre la construction de la nation. C’est la seule solution possible.

Comme l’a dit Donald Kaberuka, le président de la BAD, lors de sa conférence de presse : « Hurry up. » Dépêchez-vous pour vos enfants. Dépêchez-vous pour votre pays. Dépêchez-vous pour l’Afrique de l’Ouest. Dépêchez-vous pour l’Afrique.