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Des mots comme “go” ou “enjailler” sont désormais dans le dictionnaire. On a bousculé l’Académie française !
Des mots comme “go” ou “enjailler” sont désormais dans le dictionnaire. On a bousculé l’Académie française ! - DR
Parcours

Roukiata Ouedraogo

Par Astrid Krivian
Publié le 7 juillet 2026 à 08h01
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Dans son spectacle Black Tax, la comédienne et autrice franco-burkinabè explore, par le rire, sa double culture. Incarnant des personnages hauts en couleur, attachants et irrésistibles, elle aborde des sujets peu évoqués – le rôle de la diaspora, l'expérience des « repats »… – et livre une part intime et émouvante de son histoire.

Terme officieux, la Black tax désigne la charge financière assumée par les travailleurs africains et diasporiques pour aider leur famille élargie, leur communauté. Un mécanisme solidaire de redistribution, qui peut aussi représenter une pression pour de jeunes actifs. Dans son cinquième seule-en-scène, coécrit avec son compagnon Stéphane Éliard, la comédienne Roukiata Ouedraogo, établie en France et qui a grandi au Burkina Faso, soulève ce sujet épineux. « C'est tabou, on ne parle pas d'argent en famille. Je soutiens mes proches comme je peux. La diaspora est une force, une puissance, une richesse. L'Afrique tient aussi grâce à elle : elle sécurise, stabilise, investit. On est un peu la sécurité sociale de notre famille. Hélas, les institutions ne valorisent pas cet apport. »

Black Tax, Studio Raspail, Paris, jusqu’au 27 juin. - DR
Black Tax, Studio Raspail, Paris, jusqu’au 27 juin. DR

Sur les planches, elle incarne ainsi Tonton Théophraste, personnage phare de ses chroniques sur France Inter, un as de la débrouillardise – chauffeur de taxi, vendeur de parfums contrefaits… – et qui rêve d'Europe. « En Afrique, on vit tous du système D. Chaque famille compte un Tonton Théophraste ! Il n'est pas riche, mais malin, et s'en sort toujours. » Elle aborde aussi l'expérience des « repats », ces Africains ou Afrodescendants quittant l'Occident pour s'installer sur le continent, où ils découvrent d'autres difficultés pour trouver leur place. Nourrie de ses fines observations, l'artiste s'est aussi appuyée sur ses échanges avec des personnes concernées pour écrire ce spectacle « ni moralisateur ni accusateur, mais rassembleur ».

Inspirée par les conteurs de son pays natal, elle connaît la valeur des mots, la responsabilité de dire. « La parole est vivante, sacrée. Elle peut blesser comme elle peut nous élever. La parole est comme l'eau : "une fois versée, on ne la ramasse pas", dit le proverbe. » Dans un hommage émouvant à son père, qui cultivait la terre, la conteuse file cette métaphore : la scène est son champ, dont elle prend grand soin. Grâce au public, elle a trouvé sa sagesse. « Peu avant sa mort, mon père s'inquiétait pour moi. Arrivée en France à 21 ans, j'affrontais de grandes difficultés. Afin qu'il repose en paix, je me suis juré d'être heureuse. Avec l'expérience, j'ai compris que le bonheur est une traversée, pas la destination. C'est un message d'espoir : dans un parcours de vie cabossée comme la mienne et celle de mes personnages, on peut se relever, trouver la lumière. L'amour et la force de mes parents m'ont aussi permis de m'imposer. » Un précieux bagage qu'elle transmet aujourd'hui à son fils Ulysse : « Comme il est métis, je sais ce que la vie lui réserve. » C'est au Cours Florent, à Paris, après ses rêves de stylisme déçus, qu'elle apprend le théâtre. Méprisée pour son prétendu « mauvais français », elle redécouvre cette langue avec les grands textes, ose prendre la parole en public, fait de son accent un atout. « Mes deux langues sont le pilier de mon identité. Je réfléchis et je médite en mooré, je parle et j'écris en français. » Elle loue l'inventivité des locuteurs africains, qui enrichissent le français. « Des mots comme "go" ou "enjailler" sont désormais dans le dictionnaire. On a bousculé l'Académie française ! » Également autrice de romans, lasse d'attendre un rôle dans un cinéma français trop timide pour s'ouvrir à différents profils, elle bûche sur un scénario de film. Désormais, elle n'a plus rien à prouver à personne. « Je fais ce qui me plaît. »