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SOS CINÉ

Par empontie
Publié le 6 août 2015 à 13h17
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Souvenirs, souvenirs… Il y a une vingtaine d’années, les affiches de Bal poussière d’Henri Duparc, Yeelen de Souleymane Cissé ou encore Yam Daabo d’Idrissa Ouédraogo trônaient sur les devantures des cinémas des Champs-Élysées à Paris. Il y avait encore de vraies salles au Mali, au Cameroun, au Gabon, au Sénégal, qui passaient en boucle des productions africaines sur grand écran. Aujourd’hui, à part l’exception Timbuktu d’Abderrahmane Sissako, couronné de sept Césars, quid des images continentales ?

Des œuvres tournent dans les festivals, certes, à la recherche de distributeurs et de spectateurs, et s’échangent sur DVD. Triste. On veut bien que la vidéo ait détrôné la toile. On veut bien que la qualité de certains films, financés au lance-pierre, laisse à désirer. Mais il faut bien reconnaître que cette Afrique qui excite économiquement le monde des investisseurs, dit-on, ne touche pas un kopeck en matière d’intérêt cinématographique. Sur place comme ailleurs. Les pouvoirs publics locaux n’aident pas non plus. À part le Fespaco, historiquement soutenu par le gouvernement burkinabè, et, disons, le Tchad qui a construit une vague salle chic après le prix cannois de son cinéaste Mahamat-Saleh Haroun en 2010, rien. Si, une première cette année : les Écrans Noirs de Bassek Ba Kobhio viennent d’être inscrits au budget de l’État camerounais ! Pour leur 19e édition, qui s’est déroulée en juillet dernier. Un joli cadeau et, mine de rien, un signe fort de l’engagement des autorités auprès du 7e art. Bientôt, une salle devrait même ouvrir.

On veut y voir un regain d’encouragement pour une industrie qui se cherche depuis une vingtaine d’années. Des réalisateurs réunis pour l’occasion devisaient : « Les images japonaises ou autres cartonnent dans le monde, pas les nôtres. Il faut une économie forte pour que la culture d’un pays ou d’un continent passe les frontières et captive l’intérêt général. » Possible. « Et Timbuktu, c’est l’arbre qui cache la forêt. Le thème est tombé à pic en cette période de montée du terrorisme islamiste. » Sûrement. Mais il faut peut-être aussi sortir de son petit pré carré afro. Faire des alliances, chercher des financements partout, pas seulement publics, convaincre, faire de bons longs-métrages et… trouver des sujets universels. Car au bout de la chaîne, c’est bien le public qui fait vivre le secteur. Si les images africaines vont à sa rencontre, les vieilles salles de brousse cesseront de passer du sous-Bollywood et les grands distributeurs qui ont pignon sur rue verront vite leur intérêt à diffuser des kilomètres de pellicules africaines. La culture, c’est du talent et aussi du business… Surtout dans l’univers cinématographique.