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Souriez !

Par empontie
Publié le 18 février 2011 à 18h26
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Au Centre, on arbore volontiers un visage fermé comme une huître, sourcil froncé et regard hautain. Lorsque l’on veut montrer que l’on est un « grand quelqu’un », on ne s’abaisse pas à sourire, une attitude réservée aux faibles, aux « petits » qui cherchent à s’attirer des faveurs. Bref, on donne souvent l’image de se prendre pour la lune, une manière de se positionner au-dessus des autres, et on avance vers son prochain, torse gonflé et mine renfrognée, afin de lui montrer d’emblée qui est le chef. Et ça vaut aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Cette attitude spéciale s’assortit bien entendu de plein d’autres évidences qui vont de pair : il ne faut pas être hospitalier ni accueillant. On n’invite pas à la maison, on ne prête pas une de ses voitures, on ne répond pas aux textos de remerciement, on ne décroche jamais à la vue d’un numéro de téléphone inconnu, on n’écoute pas les messages vocaux non plus. Comprenez : je n’ai besoin de personne, ce sont les autres qui doivent me chercher…

À l’Ouest, rien à voir. Les gens vous accueillent toujours avec un large sourire, vous demandant de vos nouvelles, voire des nouvelles de vos proches, même s’ils ne les connaissent pas. Ils font tout pour vous mettre à l’aise, depuis le ministre important jusqu’au petit vendeur d’artisanat, en passant par la secrétaire. On invite facilement à la maison, organisant des soirées simples en votre honneur. On vous offre même des petits cadeaux, un pagne, une boîte en cuir martelé ou une statuette, en souvenir de votre passage dans le pays. Deux mondes, deux attitudes, deux entrées en matière, deux Afrique. Que l’on se rassure, au final, le résultat est le même.

Vous nouerez autant d’amitiés sincères en Afrique centrale qu’en Afrique de l’Ouest. La mine fermée des premiers disparaît lorsqu’une relation de confiance s’est établie. Et le sourire des seconds peut parfois n’être qu’une façade chez celui qui veut vous vendre un objet artisanal hors de prix ou vous demander un énorme service quelques jours plus tard. Cela dit, arborer une mine avenante, c’est quand même plus sympa lors d’un premier contact. Et en aucun cas un signe de faiblesse. C’est peut-être justement une manière de montrer que l’on va bien, que l’on est bien dans ses baskets, à l’aise en toute circonstance.

La joie et la bonne humeur peuvent tout à fait être l’apanage des « grands quelqu’uns ». Inutile de passer par la case ringarde « je fais la tronche » pour exister. Souriez, vous verrez, ce sera tout bénef !