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Statistiquement vôtre

Par Emmanuelle Pontié
Publié le 9 mars 2013 à 15h04
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Début mars, Cotonou accueille la conférence de statistique appliquée pour le développement en Afrique (Sada’13). Un thème des plus austères, me direz-vous, autour duquel vont se réunir des spécialistes de successions de chiffres, des grosses têtes à petites lunettes intellos, antimode, antibuzz. Et en Afrique encore plus qu’ailleurs. On ne sait pas trop pourquoi mais, ici, les « stats » semblent être la dernière, toute dernière roue du carrosse des fonctionnaires.

Essayez de trouver une personne dans un ministère qui puisse vous donner des chiffres sur le nombre de chômeurs, de femmes qui travaillent, sur la mortalité infantile ou sur la répartition par genre dans tel ou tel domaine : c’est la croix et la bannière. Idem dans les instituts nationaux spécialisés dans les études de ce type. Tout au plus, vous tombez sur des relevés qui datent de Mathusalem, caducs et inutilisables. D’ailleurs, la presse locale, c’est simple, ne donne jamais de chiffres.

Vraisemblablement fatiguée de les chercher, ou ne jugeant pas utile de s’en servir comme base pour ses analyses sur un phénomène ou un événement. Pis, elle se sert de stats erronées. Pourquoi ? Négligence, manque de moyens ? Peut-être. Mais, dans certains pays, un recensement, par exemple, est considéré comme une donnée éminemment politique. On diminue volontiers la population des villes d’opposition. On gonfle allègrement celle d’un pays pour bénéficier de telle ou telle aide internationale. Bref, on manipule les chiffres. On peut aussi en avoir un peu peur, quand ils mettent en lumière une vraie carence ou l’échec d’un programme contre lechômage ou de lutte contre le VIH...

C’est une attitude au final quelque peu irresponsable. Sans données objectives, comment peut-on justement mettre en place une politique appropriée ? Danstous les pays qui se targuent d’être des modèles de développement, les recensements, les sondages, les statistiques, les études chiffrées pullulent. Et les responsables s’en servent pour justifier leurs actions, leurs décisions. L’Afrique, dont on critique non-stop les retards sociaux, les enlisements économiques et les politiques fantaisistes, devrait s’en soucier. Chouchoutez vos statisticiens, donnez-leur les moyens, sortez-les des bureaux poussiéreux, envoyez-les sur le terrain. C’est en partie grâce à leurs connaissances que le développement sera possible. Et que des politiques responsables seront menées et pourront porter leurs fruits.