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C'est comment?

Tourisme africain: ça bouge!

Par Emmanuelle Pontié
Publié le 3 août 2026 à 07h39
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On attendait cela impatiemment. Depuis quelque temps, les pays africains lèvent l’obligation de visa pour les ressortissants du continent, partiellement ou totalement, ou annoncent la disparition prochaine de cette autorisation d’entrée. C’est le cas notamment du Rwanda, du Togo, de l’île Maurice, du Bénin, de la Gambie, du Ghana, de l’Angola, du Tchad, du Congo… 

La zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) se concrétise enfin. Et c’est évidemment une bonne nouvelle, qui dope déjà les statistiques touristiques globales des États concernés. Comme au Rwanda,qui estpasséde 1,1 millionde visiteurs en 2022 à1,3 million en 2024. Ou encoreau Ghana,qui enregistrait 1,1 million de voyageurs en 2023, contre 1,3 million en 2024. Une grande partie du différentiel est due aux transits africains sur le territoire, que ce soit pour des voyages d’affaires, des participations à de grands événements ou du tourisme tout court. 

Et cette bonne nouvelle s’accompagne d’une autre: la suppression de taxes sur le transport aérien intracontinental. En effet, la Cedeaoalevé, le 1 er janvier, l’ensembledes taxes nondirectement liéesautransport aérien sur les vols intrarégionaux. Même si la mesure mettra un certain temps à être opérationnelle, les tarifs desbilletsd’avionpourunIvoirienqui veutallerauBénin oupour tout Africain quidécidede visiter unautrepays du continent devraient baisser. Car l’un des freins au déplacementestlachertédutransport.Maispasque… Les routesaériennesnesontpasdesplus fluidesetnombreuses. Asky dessert les pays voisins depuis son hub togolais. Ethiopian Airlines et Royal Air Maroc couvrent une partie du marché. Air Côte d’Ivoire offre aussi des correspondances depuis Abidjan. 

Mais pas mal de pays sont encore plus ou moins isolés ou atteignables seulement après un voyage sans fin, truffé d’escales ou de changements d’appareil. Et nombre d’Africains préfèrent encore transiter par Paris pour se rendre dans une autre contrée du continent. Par ailleurs, les transports à l’intérieur des pays ne sont pas fluides. On trouve peu de dessertes aériennes, des voies en mauvais état, parfois des tracasseries policières. Enfin, les infrastructures hôtelières, mêmesielles sontennetteaméliorationdanscertaines capitales et dans quelques spots touristiques, restent peu développées autour des villes secondaires. 

Tout cela pour dire que le pari du tourisme afro-africain n’est pas gagné. Il devra s’accompagner de politiques fortes et cohérentes. Les ingrédients de cette équation sont bien connus: sécurité, transport, hôtellerie et entretien des sites. Dans le domaine, certaines nations avancent vite: le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Bénin, le Ghanaetd’autrespays anglophones sont rodés à l’exercice. Et globalement, l’Afriquedel’Ouestestmieux lotiequel’Afriquecentrale, culturellement visséeau tourismed’affaires etàlarente pétrolière. 

Il n’empêche, en cette période de villégiature, il faut voir le verreà moitiéplein et espérerque nos amis dispensés de visas, et qui ont la chance d’avoir une compagnie proche capable de les amener chez leurs voisins, en profiteront. Pourquoi ne pas partir à la rencontre du modèle rwandais, souvent envié sur le continent, et, au passage, rendre visite aux gorilles à dos argenté, préservés dans leur habitat naturel au sommet des montagnes? On peut aussi choisir une croisière enbateaudepuis Saint-Louisdu Sénégal, une semaine de farniente sur les plages d’Assinie en Côte d’Ivoire ou sur celles de Kribi au Cameroun, avec les spectaculaires chutes de la Lobé à côté, ou encore découvrir les trésors sous-marins de la mer Rouge à Djibouti, ainsi que ses dunes et ses lacs salés. L’idée, comme on l’asouvent écrit, estde consommer«local». 

Le continent regorge de sites sublimes et de trésors inestimables. Et finalement, peu d’Africains s’en rendent compte. Bonnes vacances à tous!