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C'est comment?

Travail d’enfants

Par Emmanuelle Pontié
Publié le 4 mars 2026 à 07h21
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À l’heure où nous écrivons ces lignes, le tout dernier rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), qui porte sur le travail des enfants, est encore sous embargo. 

Après une étude minutieuse, résultat d’une compilation de données et d’analyses menées par des spécialistes du sujet, il ressort qu’en 2024, 138 millions d’enfants avaient une activité économique. Et 5% d’entre eux opèrent dans les pires conditions : esclavage, travail forcé, opérations militaires (enfants-soldats), exploitation sexuelle ou participation au trafic de drogue. Ce chiffre est à la fois encourageant – puisqu’il s’élevait à plus de 215 millions en 2008… – et catastrophique, puisque très éloigné de l’objectif d’éradication totale du travail des mineurs en 2025, qui avait été fixé en 2015 par les Nations unies dans le cadre de ses objectifs de développement durable (ODD). 

Lorsque l’on examine la répartition mondiale de ces malheureux enfants travailleurs, on constate que toutes les régions du monde ont vu ce nombre baisser. Sauf l’Afrique subsaharienne… Elle compte à elle seule 87 millions d’entre eux, parmi les 5-17 ans. Ce chiffre est en augmentation depuis 2012 – à cause de la croissance démographique, peut-on supposer. Mais aussi du fait de la pauvreté extrême, qui peine à se résorber. La main-d’œuvre infantile est souvent sous-payée, et donc recherchée par les exploiteurs en tout genre. Elle permet également à des foyers de percevoir un pécule supplémentaire, parfois indispensable à leur survie. 

Un véritable cercle vicieux… Et, disons-le, une dynamique infernale que les États concernés laissent, pour la plupart, gentiment perdurer. Tout le monde le sait, mais personne ne fait rien de bien affirmé contre ça. Pourtant, lorsqu’un pays décide vraiment de lutter contre ce fléau, il y arrive. C’est le cas de la Côte d’Ivoire, championne mondiale de la production de cacao, qui affiche une volonté politique claire depuis 2019, visant à éradiquer le travail des mineurs dans les plantations. Dans les zones concernées, la police procède régulièrement à des opérations coup de poing, retirant les enfants, souvent de jeunes immigrés maliens ou burkinabè, de leur lieu de travail avant de les conduire au Centre d’accueil de Soubré, afin de les rescolariser et de leur apprendre un métier. Et petit à petit, ces interventions refroidissent les ardeurs des employeurs peu scrupuleux, ainsi que les agissements de familles qui condamnent l’avenir de leurs enfants. 

Car c’est bien là le sujet. Comment ces jeunes travailleurs, déscolarisés, parfois esclavagisés, peuvent ils penser à demain et espérer s’intégrer un jour dans la société ? 138 millions : c’est un chiffre énorme, vertigineux. Et, on l’a dit, la démographie galopante n’aide pas.

55 % d ’entre eux sont des garçons, qui opèrent plus nombreux que leurs sœurs dans la catégorie du travail dit « économique ». Mais les auteurs du rapport conjoint de l’OIT et de l’Unicef précisent que leur comptabilité inclut partiellement les tâches ménagères que les familles imposent à leur progéniture, en particulier aux filles. Ainsi les enfants de 5 à 14 ans qui effectuent plus de 21 heures de corvées hebdomadaires sont comptabilisés, mais pas ceux de 14 à 17 ans. Il s’agit d’activités non rémunérées, comme aller puiser de l’eau, travailler dans les champs des parents ou de l’oncle, et bien d’autres missions harassantes et chronophages. Le nombre d’heures peut être colossal, le seuil de 21 heures par semaine pris en compte par les auteurs de l’étude étant déjà conséquent. Là encore, comment trouver le temps de se rendre à l’école, de faire ses devoirs, de se dessiner un avenir? 

Le développement des pays subsahariens, dont la population est composée en moyenne aux deux tiers de jeunes de moins de 25 ans, passera forcément par une lutte acharnée contre le travail illégal et l’exploitation des mineurs. C’est aux États de trouver comment répondre à cette problématique. Et vite!