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Tu as le pouvoir...

Par empontie
Publié le 18 février 2011 à 20h46
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ALLEZ, QUELQUES LIGNES pour souligner une jolie petite idée reçue. Les analystes chevronnés du continent noir et du fonctionnement de ses rouages, aiment parler du sacro-saint culte du chef. Se fiant volontiers à des références historico-villageoises, ils rappellent que le « patron » est vénéré, adulé, porté aux nues par l’entourage. Vrai, les ministres et autres figures du pouvoir redistribuent, ventilent des miettes, plus ou moins charnues, usent de clientélisme, offrent des marchés aux chouchous. D’où dévotion d’une cohorte d’obligés, de suiveurs, de griots des temps modernes.

Pourtant, curieusement, le pouvoir du big chef, parfois, n’est pas si évident… Les « petits » qui gravitent autour de son auréole, s’en arrogent une part non négligeable. Voyez la mine renfrognée d’une secrétaire qui rabroue le candidat anonyme qui demande une audience avec le grand chef. Si elle n’est pas motivée, il ne le verra jamais. Ou encore le planton, l’adjoint, l’aide de camp, qui froncent le sourcil, claquent la porte, font barrage, enterrent le dossier, annoncent avec ravissement que le patron n’est pas d’accord, alors qu’ils n’ont même pas eu le loisir de l’aborder.

Tout cela, c’est du pouvoir. Énorme et disproportionné. Car le chef est ainsi désinformé, isolé, dépouillé de sa prérogative élémentaire de choisir qui il doit voir ou quel dossier l’intéresse. C’est quand même lui, non, qui est censé avoir été nommé pour ses qualités intellectuelles ou son expérience ? Pas le portier ou la petite sœur de son village qu’il a placée à l’accueil, suite à la pression familiale. Il a donc tort de se laisser berner par son entourage, qui fait mine de le protéger en le « cocoonant » dans un pseudo rôle de « grand d’en haut ». Son orgueil est flatté, mais, à force, il perd le vrai pouvoir… Pire, il donne parfois des ordres qu’il croit suivis d’effets, alors que l’intermédiaire prend un malin plaisir à faire traîner indéfiniment le dossier. En attente de miettes ou pour affirmer son pouvoir, peu importe. Le résultat est là, c’est lui qui fait la pluie et le beau temps dans une foultitude de domaines. Et pas des moindres.

Prenez le cas emblématique de l’agent comptable, en tout dernier bout de chaîne d’un règlement, qui part en vacances, tombe malade, a un deuil au village, ou allaite à la maison si c’est une femme… Et qui ne va pas à la banque pendant des jours interminables. Surtout pour le clampin qui compte sur ces sous, et qui s’entend dire quand il rappelle le grand chef : « Mais, j’ai signé ! Je ne comprends pas… » On parle de l’absence de redistribution des richesses dans certains pays africains. Mais, côté redistribution du pouvoir, contrairement à ce que l’on pourrait penser, pas de problème, ça marche super bien !