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Politique

Tunisie l'introuvable nouveau modèle

Par Zyad Limam - Publié en août 2021
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MATHIEU ZAZZO/PASCO AND CO
MATHIEU ZAZZO/PASCO AND CO

Le 25 juillet dernier, le président de la République Kaïs Saïed a assumé la plénitude du pouvoir pour répondre au blocage politique, économique et social. Et affronter la crise sanitaire. Pourtant, la question d’un nouveau consensus institutionnel reste ouverte pour le pays phare des révolutions arabes. Avec un environnement géostratégique régional particulièrement mouvant.

​​​​​​​Ce discours restera certainement dans l’histoire tumultueuse de la révolution tunisienne. Le 25 juillet 2021, le président de la République Kaïs Saïed, élu assez triomphalement en octobre 2019, démettait le chef de gouvernement, gelait les activités de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), prenant la totalité de tout le pouvoir, pour trente jours renouvelables, en faisant une application assez extensive de l’article 80 de la Constitution. Une opération ambitieuse, visiblement planifiée, soutenue par l’armée et par une bonne partie du ministère de l’Intérieur (Dakhilia). Une opération accueillie avec un immense soulagement par une bonne partie de l’opinion épuisée par l’incurie de la classe politique, la crise économique et sociale endémique depuis la chute de l’ancien régime. Et par la débâcle de l’État face à la pandémie de Covid-19. Kaïs Saïed a pris les rênes, promettant la lutte contre la corruption, la fin de l’impunité, la remise en ordre. L’ancien professeur de droit voit loin, il veut sa démocratie du peuple, et ses intentions, maintes fois répétées, sont claires. Il est décidé aussi à changer cette Constitution jugée ingérable, conçue par les islamistes d’Ennahdha et soutenue par les autres formations politiques. Ennahdha, dont il s’agit visiblement d’obtenir la marginalisation, la neutralisation, tâche facilitée par l’émiettement et l’épuisement idéologique du parti… Ce 25 juillet serait donc comme une nouvelle étape du processus révolutionnaire, sa revitalisation. La Tunisie est-elle prête à ce retour de la théorie de l’homme providentiel ? Le président sait où il va, mais il est aussi seul, seul à vouloir gérer une machine complexe et une situation d’exception. À ce jour, mercredi 3 août, il n’avait toujours pas nommé de chef de gouvernement. Le président est seul à prendre des décisions, seul à être juge et partie, sans véritable équipe autour de lui, ce qui n’est jamais bon pour un processus démocratique. La Tunisie a clairement besoin d’un reset institutionnel majeur, et le leadership présidentiel peut faire partie de la donne, impulser ce processus de réveil. Mais on ne pourra pas établir un nouveau modèle sans un minimum de concertation, de dialogue politique, d’entente. Et sans préserver, plus encore développer les acquis démocratiques de janvier 2011. On ne pourra pas se préoccuper de nouvelle donne sans parler enfin de croissance, de relance économique, de transformation de l’appareil de production. Depuis dix ans, le PIB continue de baisser, et la dette s’envole ! Il faut stopper ce déclin mortifère, lui-même porteur de graves crises sociales et politiques. C’est un pays potentiellement riche, porté par une jeunesse éduquée, ambitieuse, courageuse. Il est plus que temps de retrouver cette dynamique et de se tourner vers l’avenir. 

Sur l’avenue Bourguiba, le soir du 25 juillet, plusieurs milliers de Tunisiens sont venus fêter l’annonce du chef d’État.
Sur l’avenue Bourguiba, le soir du 25 juillet, plusieurs milliers de Tunisiens sont venus fêter l’annonce du chef d’État. NICOLAS FAUQUÉ/IMAGESDETUNISIE
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Économiste et ancien ministre des Finances, Hakim Ben Hammouda est aussi une vigie qui alerte sur les dérapages de l’économie tunisienne. Sa fine connaissance de l’Afrique et des institutions internationales, dont les Nations unies, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la Banque africaine de développement (BAD) – où il a évolué –, lui permet de décrypter la situation et de proposer d’autres perspectives au regard de la marche du monde.

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Politologue, spécialiste du monde arabe et des transitions qui l’agitent, Khadija Mohsen-Finan ne perd jamais de vue les événements en Tunisie, où elle est née. Elle dresse dans son ouvrage Tunisie, l’apprentissage de la démocratie : 2011-2021, paru début 2021, le bilan d’une période contrastée où l’ancien modèle, dans une tentative de survie, essaye de disqualifier le nouveau qui s’esquisse. La chercheuse met aussi en perspective le devenir d’un pays et d’une région qui cherchent le modus operandi du monde d’après, sans véritablement le trouver.

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