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Edito

Une nouvelle indépendance

Par Zyad Limam - Publié en juillet 2021
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La lutte contre le Covid-19 est loin d’être finie, et dans le monde, et tout particulièrement en Afrique. Le continent, qui a su faire preuve de résilience et de responsabilité depuis mars 2020, reste phénoménalement fragile devant la pandémie. L’économie a été touchée de plein fouet. Une troisième vague, alimentée par le variant Delta, est en cours, notamment en Afrique australe et en Afrique de l’Est. De nouveaux variants « africains » peuvent émerger. Le taux de vaccination reste désespérément bas : moins de 2 % des Africains auront été vaccinés à la date de cet édito. La lutte contre la pandémie, la lutte pour vacciner au plus vite le plus grand nombre, la lutte pour sécuriser les approvisionnements, mobiliser les ressources internes et externes restent essentielles, primordiales. Le pire danger serait une forme de complaisance, d’un « finalement ce n’est pas si grave », de toute façon « c’est une maladie de riches, ou de Blancs… ». Une Afrique avec un Covid durablement endémique se retrouverait sur le côté de l’humanité, en marge des formidables mutations qui se dessinent.

Tout événement de cette ampleur, guerre massive ou épidémie globale, a toujours eu un effet profondément transformateur sur l’humanité. Le Covid bouleversera nos habitudes de vivre, de vivre ensemble, de travail et de production. Des milliards d’êtres humains ont accepté et acceptent encore de formidables contraintes dans leur vie quotidienne et intime. De nouveaux modes de communication émergent. La numérisation va prendre une ampleur encore plus envahissante, pour le meilleur et pour le pire. Psychiquement, notre faiblesse d’êtres humains, la vanité des frontières, les limites du modèle « capitalistico-technologique » sont apparues, béantes, déstabilisatrices. Quelque chose de plus encourageant, qui relève d’une forme encore « foetale » de conscience humaine collective, apparaît. Nous sommes tous dans la même barque planétaire…

L’Afrique doit s’inscrire dans ce mouvement de changement, de renouvellement. Le Covid a souligné à quel point le modèle « postcolonial » était rapiécé, usé. À quel point nous avons besoin de modernité. À quel point nos débats politico-politiciens sont dépassés par le vertige des défis auxquels nous devons faire face. Et à quel point nous devons construire une véritable indépendance basée sur la croissance, le développement, l’accroissement des richesses collectives, l’inclusivité sociale, le développement massif des nouvelles technologies, de l’éducation, la formation… À quel point nous devons trouver la clé de notre indépendance financière, en proposant d’abord les bons projets, en pesant plus lourds sur les débats stratégiques, en aidant nos entrepreneurs à créer des richesses, en diversifiant nos productions, en ouvrant le marché intérieur continental, en générant des ressources domestiques (avec une imposition juste, voir pages 76-79). Et en luttant contre la fraude, l’évasion des capitaux, en investissant nous-mêmes, chez nous dans notre avenir.

Cet effort historique, cette nouvelle indépendance, cette « renaissance » (pour reprendre un terme à la mode il y a déjà une bonne vingtaine d’années), ce dépassement collectif, nous le devons à cette formidable jeunesse montante, à ces centaines de millions de nouveaux Africains, premières victimes sociales du Covid, en recherche d’une perspective, d’un élan, pour investir leur énergie, leur créativité. Les tentations destructrices sont toujours possibles. Alors qu’ils sont la force de l’Afrique en devenir [à lire pages 28-35, notre dossier « Transformons l’Afrique »].

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