Yamoussa Bangoura
Avec ses spectacles époustouflants et poétiques présentés à l'international, l'artiste guinéen multidisciplinaire, fondateur de la compagnie Kalabanté, mêle TRADITION ET APPROCHE CONTEMPORAINE. Incarné par la virtuosité et l'énergie de jeunes circassiens, Afrique en cirque a ébloui la 40e édition du festival Nuits d'Afrique de Montréal.
J'ai grandi en Guinée, à Conakry, en bord de mer, un environnement de pêcheurs, dont je m'inspire pour créer. Mon frère me surnommait Kalabanté, qui signifie « enfant fonceur, ambitieux et courageux » en langue soussou. J'ai choisi de nommer ma compagnie de cirque ainsi. Mon rêve était d'abord de devenir footballeur ; je faisais des acrobaties quand je marquais des buts. C'est ainsi que j'ai été repéré par un professeur de danse pour rejoindre sa troupe.
J'ai appris l'acrobatie en autodidacte, en regardant des représentations des cirques européens, puis j'ai été formé par plusieurs maîtres dans mes différentes disciplines (danse, kora, jonglerie, acrobatie, etc.). J'ai débuté au sein de la troupe guinéenne Circus Baobab, avant de travailler pour les compagnies québécoises Cirque Éloize, Cavalia, ainsi que le Cirque du Soleil. Je me suis perfectionné à l'École nationale de cirque de Montréal. Après avoir fait le tour du monde avec ces spectacles, je ressentais un manque. Je voulais porter sur scène une compagnie qui défende les valeurs africaines. C'est ainsi que j'ai fondé Kalabanté, en 2007. Et Toumani Diabaté et Ballaké Sissoko m'ont donné l'amour de la kora, un instrument magnifique, magique, apaisant, qui fait voyager.
À travers mon spectacle Afrique en cirque, joué notamment lors du festival Nuits d'Afrique de Montréal en juillet, je veux montrer une autre facette du continent. Le voir réduit aux images de pauvreté, de famine, d'immigration clandestine, etc., me heurte. Nous avons aussi la joie de vivre, des athlètes, des artistes. Et si l'on marche pieds nus, comme nos ancêtres, ce n'est pas par manque de moyens, mais pour être connectés avec la nature, la terre. De même qu'être torse nu est lié à notre climat. C'est tout un écosystème.
À travers la performance des circassiens, Afrique en cirque véhicule nos couleurs et l'incroyable énergie de la jeunesse. Je souhaite donner aux gens la force de commencer leur journée le lendemain et leur permettre de voir le monde – et surtout l'Afrique – différemment. Je tiens à ce que tout le continent soit fier de ce travail.
Les valeurs africaines, comme l'entraide, l'esprit de communauté, la prise en charge de nos aînés, sont très importantes pour moi. Je les cultive et j'essaie de les transmettre. En Occident, on place les parents dans des maisons de retraite. Je comprends que les gens travaillent. Mais en Afrique, on ne connaît pas ça. Un proverbe africain dit en substance : quand un enfant pleure, il demande à ses parents de le porter sur leur dos, car, quand il sera grand, c'est lui qui les soutiendra.
On fait en sorte de garder les traditions que nous ont transmises nos aînés du Circus Baobab, tout en évoluant avec le monde. En Afrique de l'Ouest, la Guinée est le premier pays à développer le cirque. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes sont motivés et engagés dans ce secteur, ce qui pousse les autorités à le développer. Et de nombreuses jeunes femmes pratiquent ces arts, qui leur étaient fermés auparavant. Je travaille sur mon projet d'ouvrir une école nationale de cirque dans mon pays natal.
Mes différentes disciplines me permettent d'être un performeur complet. Ça me facilite la tâche pour guider les artistes. On répète toute la journée et, dans la soirée, on compose la musique. La réflexion et la conception de la mise en scène mobilisent chaque instant de mon quotidien. Je vis pour ça.
Après avoir fait le tour du monde avec ces spectacles, je ressentais un manque. Je voulais porter sur scène une compagnie qui défende les valeurs africaines.