Alexandra Afran
Âge: 36 ans
Entreprise: Gioia
Fonction: cheffe et gérante
Secteur d’activité: restauration
Année de création: 2024
Nombre d’employés: 12
Ville: Abidjan
La cuisine d’Alexandra Afran est un manifeste culinaire, une déclaration d’amour à la gastronomie africaine ancestrale. Derrière Gioia se trouve une cheffe engagée, à contre-courant d’une scène abidjanaise parfois trop mondialisée, qui revendique une cuisine consciente, locale et sensible.
Née à Abidjan, formée entre la France, l’Angleterre et le Maroc, elle a d’abord mis sa carrière entre parenthèses pour élever ses enfants. «J’ai été pleinement mère pendant des années, puis un jour, j’ai voulu reprendre ma vie professionnelle en main.» Avant d’ouvrir son propre restaurant, elle multiplie les expériences – en pâtisserie, chez un traiteur, en tant que cheffe à domicile… Une conviction s’impose: il faut réinventer la gastronomie ivoirienne de l’intérieur.
C’est ainsi qu’est né Gioia, un petit établissement pensé comme un cocon. Une véritable safe place, où l’on ne vient pas pour se montrer. «On partage, on découvre, on se reconnecte.» Mais surtout, on y déguste une cuisine qui raconte une histoire: celle d’un continent riche en saveurs et en produits oubliés.
Chez Gioia, l’attiéké côtoie le caviar, les desserts se parent de mil et de baobab, et les sauces unissent les épices du Sud et du Nord. Chez elle, la fusion n’est pas un effet de mode, c’est un dialogue entre régions, entre cultures, entre mémoires. «On est trop souvent fascinés par les produits du reste du monde, alors que le monde nous envie nos produits.» Le sel vient de Jacqueville, le poivre d’Azaguié. Elle travaille main dans la main avec des maraîchers et des artisans locaux pour réduire les importations, limiter le gaspillage et tendre vers une cuisine écoresponsable.
Derrière son tablier, la cheffe prône la transmission. Elle forme ses équipes elle-même et rêve d’ouvrir, un jour, un centre de formation pour les jeunes talents. «Il faut qu’on apprenne à fédérer, à s’entraider.» Et dans quelques années, peut-être, faire rayonner Gioia à travers d’autres adresses, du Maghreb à l’Europe…