Niger : l’effet Issoufou

Alors qu’il achèvera son second et dernier mandat début 2021, le président Issoufou Mahamadou met les bouchées doubles pour atteindre l’objectif qu’il s’était fixé : sortir son pays du carcan de la pauvreté et y créer les conditions de l’émergence. Quand Issoufou Mahamadou remporte, le 12 mars 2011, le second tour de l’élection présidentielle, son pays accumule les mauvaises nouvelles. La veille, le 11 mars, un tsunami a balayé le Japon et sa centrale nucléaire de Fukushima. La catastrophe provoquera un effondrement des cours de l’uranium, principale source de revenus du Niger (quatrième producteur mondial).

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À voir les transformations spectaculaires de Niamey, on pourrait penser que la capitale s’est approprié les 20 milliards de dollars d’investissement des programmes Renaissance 1 et 2. On serait loin du compte. Convaincu que « les centres urbains sont vecteurs de développement des territoires », le président Issoufou a misé sur les sept autres grandes agglomérations. D’Agadez, pôle touristique et minier, à Zinder, ancienne capitale du Niger, en passant par Maradi, deuxième ville du pays, la modernisation des infrastructures bat son plein.

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La Soraz, inaugurée en 2011, a une capacité de 20 000 barils/jour. TAGAZA DJIBO

Le pétrole et l’hydrocarbure prennent progressivement une place essentielle dans l’économie. Inamovible directeur général des hydrocarbures depuis 2012, Adolphe Gbaguidi, la soixantaine aussi élégante que discrète, est le Monsieur Pétrole du président Issoufou Mahamadou. Il dit en préambule, comme pour s’excuser : « Nous sommes un pays à tradition minière, si notre avenir se dessine à l’or noir, notre histoire avec le pétrole est toute récente. » Quatrième producteur mondial d’uranium, le Niger a longtemps cru aux potentialités de son sous-sol en matière d’hydrocarbures. Dès le lendemain de l’indépendance, en 1960, des blocs d’exploration ont été accordés aux compagnies occidentales, parmi lesquelles l’américaine Texaco. En vain. Ce n’est qu’en 2007 que la China National Petroleum Corporation (CNPC), explorant le bassin d’Agadem, dans l’est du pays, découvre des poches d’huile économiquement exploitables.

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Le rond-point sixième, l’une des infrastructures qui a permis de désengorger le trafic. DR

En quelques années, la capitale s’est métamorphosée. Routes bitumées, éclairage public, nouvel aéroport, hôtels de luxe... Une modernisation spectaculaire qui se veut être l’image de nouvelles ambitions du pays. Pour le président Issoufou Mahamadou, l’équation n’avait pas beaucoup d’inconnues. La renaissance du Niger n’aurait pu être complète sans celle de sa capitale. Et en cela, Niamey, un bourg qui, il y a dix ans à peine, avait des allures de chef-lieu de province décrépi, nécessitait bien plus qu’un simple lifting, une régénération. Hormis quelques avenues du centre-ville et du quartier administratif, ses rues, plus adaptées aux caravanes de dromadaires, n’étaient pas bitumées, les rares voitures qui y circulaient se retrouvant le plus souvent ensablées. Faute d’évacuation des déchets ménagers, chaque quartier disposait de sa colline d’immondices, décharges sauvages côtoyant écoles primaires, centres de santé ou marchés de « vivres frais ».

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Il ne peut y avoir de développement sans sécurité. Le gouvernement a fortement investi dans un vaste plan de défense. Et peut compter sur le soutien international. Des pays du Sahel subissant directement la menace terroriste et la criminalité transfrontalière (narcotrafiquants et réseaux de traite humaine), le Niger n’est pas le moins bien placé. Pourtant, il est le seul des cinq États qui composent la force conjointe du G5 (avec le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie et le Tchad) à connaître des risques sur ses quatre points cardinaux : au nord à cause d’un État failli, la Libye, à l’ouest en raison d’un État en partie défaillant, le Mali, et au sud et à l’est avec respectivement un géant aux pieds d’argile, le Nigeria, et un Tchad dispersé, tous deux débordés par les islamistes de Boko Haram.

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C’est l’une des promesses de la décennie : « Apprivoiser l’atome et miser sur l’électronucléaire. » Un rêve fou ? À bien y voir, c’est moins improbable qu’il n’y paraît. Selon une étude de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), à l’horizon 2035, l’Afrique de l’Ouest devra disposer de huit centrales nucléaires pour faire face à ses besoins énergétiques. Sur les 30 pays qui ont sollicité l’AIEA pour une assistance dans leur quête de technologie nucléaire, 10 sont africains, dont trois membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

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D’aucuns pourraient trouver notre titre « Un miracle au Sahel ? » un tantinet osé au vu de ce qu’il s’y passe depuis quelques années : drames interethniques, attaques terroristes, prospérité de la criminalité transfrontalière, corruption... À ceux-là, on opposerait quelques chiffres concernant le Niger. En huit ans, entre 2011 et 2019, les investissements décaissés pour des réalisations ou des chantiers en cours sont évalués à 32 milliards de dollars, soit plus de trois fois le PIB du pays (9,72 milliards de dollars en 2019).

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