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Interview

Déborah Lukumuena
Divin espoir

Par Sophie Rosemont - Publié en février 2022
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DÉBORAH LUKUMUENA.FRÉDÉRIC STUCIN/PASCO - DHARAMSALA
DÉBORAH LUKUMUENA.FRÉDÉRIC STUCIN/PASCO

Depuis que les Césars ont sacré sa formidable prestation dans Divines, le cinéma se l’arrache. Interview d’une actrice sur laquelle on doit désormais compter.

Elle a baigné dans une double culture, entre musique, plats typiques congolais et littérature classique française. Après des études de lettres, Déborah Lukumuena se lance par hasard dans le cinéma. Et décroche presque aussitôt un César du meilleur espoir pour sa prestation dans Divines, de Houda Benyamina. Elle donnera la réplique à Gérard Depardieu dans Robuste, de Constance Meyer (sortie le 2 mars), et partagera l’affiche d’Entre les vagues, d’Anaïs Volpé (en salles le 16 mars), avec une autre promesse du 7e art français, Souheila Yacoub. Prochaine étape ? Un film anglo-saxon.

AM : En quoi vos racines africaines comptent-elles pour vous ?

Déborah Lukumuena : Ma mère, qui nous a élevés seule, n’a jamais pu se défaire de sa culture, même si cela fait trente-cinq ans qu’elle vit en France. Pour elle, c’était important de ne pas oublier ses racines. Elle nous parlait en lingala, et cela va de soi que j’en garde tous les principes qui m’ont été inculqués. Ils me permettent d’avancer sereinement vers la jeune femme que je suis, que je pense être et que je veux devenir .

Quel rapport entretenez-vous avec le Congo ?

J’y suis allée pendant un mois quand j’avais 6 ans. De ce séjour, je me souviens d’avoir piqué de l’argent à ma mère, d’être entrée dans une petite boulangerie pour acheter des chewing-gums très sucrés. De m’être cachée pour manger un bout de viande de dindon que ma mère m’interdisait de manger. D’être allée au zoo et de m’être fait mordre par un singe… Bref, beaucoup d’aventures. Je n’y suis pas retournée depuis, mais c’est un vrai projet d’y aller à nouveau.

Comment avez-vous abordé le métier de comédienne ?

Par l’analyse des textes que j’étudiais en fac de lettres, j’avais une approche théorique, poétique. En devenant comédienne, je suis passé de l’autre côté de l’usage de la langue. Je veux être la première spectatrice de mes personnages. J’aime qu’ils me susurrent des choses à l’oreille, qu’ils me fassent évoluer. Alma, dans Entre les vagues, m’a le plus éprouvée émotionnellement. C’est une personnalité très puissante.

Que vous a apporté le conservatoire, que vous avez intégré après le succès de Divines ?

Avant, je n’articulais pas assez. Je ne connaissais pas Tchekhov. Je n’avais pas joué Phèdre ni Les Fourberies de Scapin. Et j’avais des préjugés sur Marivaux. J’ai eu la chance d’apprendre ces perles du répertoire français. Ce sont les meilleures conditions pour pratiquer ce métier.

Vous qui avez un rapport très fort au verbe, envisagez-vous d’écrire pour le cinéma ?

Oui, j’ai écrit un premier court-métrage, que l’on tournera bientôt. C’est quelque chose que j’ai toujours voulu essayer. Ce que m’a confirmé la réalisatrice de Robuste, Constance Meyer, lorsqu’elle m’a prise à part sur le tournage pour me dire que j’étais trop sévère avec moi-même. Et que je devais passer par la mise en scène pour comprendre qu’il fallait être plus tolérante.

Dans Robuste, de Constance Meyer, avec Gérard Depardieu.FRÉDÉRIC STUCIN/PASCO - DHARAMSALA
Dans Robuste, de Constance Meyer, avec Gérard Depardieu.DHARAMSALA

En 2019, vous avez joué au théâtre une adaptation d’Anguille sous roche, d’Ali Zamir. Là aussi, vous étiez trop exigeante envers vous-même ?

Je faisais des ulcères d’angoisse à chaque fois que je montais sur scène. J’étais seule pour la première fois. Pas l’exercice le plus facile…
Le théâtre, c’est le lieu de la formation et de l’humilité ultime : on travaille sur son endurance. Quand je suis sur un plateau, je sens toutes les fondations que le théâtre m’a apportées. Sur les planches, il faut continuer, même si on bafouille, et donc désacraliser l’erreur.

Vous avez 27 ans. Vous êtes confiante en l’avenir ?

J’essaie. Je suis prête à vivre de nouvelles histoires et de nouvelles propositions. J’ai fait la liste de ce que je voulais travailler sur moi et de ce que je veux embrasser. Je n’y suis pas encore. Mais quand on a une longue route à faire, c’est toujours rassurant de savoir que le GPS, lui, sait !

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