Deuil immersif
Le cinéma africain à la pointe de l'innovation avec le nouveau film d'Abderrahmane Sissako : un format court, taillé pour être vu à 360 degrés !
Une épopée de vingt-sept minutes, en immersion : après avoir tourné un film en Chine (Black Tea, 2024) [voir interview, AM 449], le maître mauritanien crée à nouveau la surprise. Coproduit par Omar Sy, ce moyen-métrage présenté à la Mostra de Venise a été conçu pour les casques de réalité virtuelle ou une diffusion dans une salle iMax. « J'avais envie de comprendre ce que ce nouveau langage pouvait raconter et d'y apporter une voix venue d'un territoire où cette forme d'expression n'existe pas encore », explique Abderrahmane Sissako. Le cinéaste, qui filmait du football sans ballon pour cause d'interdiction par les islamistes dans Timbuktu, atteint une nouvelle forme de poésie dans un drame dépouillé, magnifié par les nouvelles technologies. Artou, c'est « le retour » en peul : on suit un cercueil de Paris à Nouakchott, puis sur un fleuve, à travers le désert, la savane, en compagnie des proches du défunt… Essentiellement en noir et blanc, cette traversée endeuillée nous emmène dans une barque, une voiture, mais à la différence d'un film traditionnel, quand on se retourne, on voit les passagers à l'arrière, pas les autres spectateurs. Et quand, au pied d'un arbre, on lève la tête, c'est la cime et le ciel que l'on découvre, pas le plafond du cinéma. Pourtant, c'est bien le regard d'un artiste qui nous est donné à voir, maîtrisant parfaitement la grammaire de son cinéma pour raconter ses paysages et sa culture dans une nouvelle dimension. Un voyage initiatique et inédit au pays des morts et des vivants.