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Rétrospective

Diébédo Francis
Kéré : Le talent durable

Par Luisa Nannipieri - Publié en avril 2022
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LARS BORGES
LARS BORGES

Le Burkinabé, devenu allemand, a remporté le 15 mars dernier le prix Pritzker, plus haute distinction dans le monde de l’architecture. C’est le premier Africain à recevoir cette récompense prestigieuse. De ses débuts dans son village au succès international, retour sur le parcours d’un activiste de la matière, de la résilience, auteur d’une nouvelle modernité.

Il voit le jour à Gando, dans le centre-est du Burkina Faso, en 1965. Personne n’imagine alors que le fils aîné du chef du village deviendra le premier Africain à recevoir le prix Pritzker, l’équivalent du Nobel en architecture. Et pourtant ! Diébédo Francis Kéré a connu une véritable success story. Premier enfant scolarisé de son village, il doit quitter sa famille à l’âge de 7 ans pour étudier, et se serrer avec plus d’une centaine de camarades dans une petite classe mal ventilée et mal éclairée. Ces heures de cours dans la chaleur étouffante le poussent vers l’architecture : il se promet de trouver des solutions innovantes pour offrir aux Burkinabés des écoles mieux adaptées. En 1985, il part à Berlin pour une formation en charpenterie : pendant la journée, il apprend à construire des toits et des meubles, et le soir, il poursuit ses études. Il devient charpentier, puis intègre l’Université technique de Berlin en tant qu’étudiant boursier et en sort diplômé en architecture en 2004. En parallèle, il crée une fondation et finance la construction de la première école primaire de son village, terminée en 2001 : avec ses murs et son toit en briques d’argile qui assurent la climatisation et l’éclairage naturel des pièces, elle obtient en 2004 le prestigieux prix Aga Khan d’architecture (remis tous les trois ans à des projets qui introduisent de nouveaux standards d’excellence). La récompense lui permet d’ouvrir son agence dans la capitale allemande. Depuis, il enchaîne les chantiers en Afrique et dans le monde entier. Plus récemment, il s’est investi en Turquie, à Utique, sur une cité des arts pour la Fondation Kamel Lazaar. Qu’il s’agisse d’établissements scolaires, de centres médicaux ou bien de bâtiments administratifs ou culturels, le designer livre des projets fonctionnels et modernes. Il implique les communautés, emploie et forme la main-d’œuvre locale, mélange techniques traditionnelles et contemporaines, et utilise les matières premières disponibles. « Ce n’est pas parce que tu es riche que tu peux gâcher du matériel. Ce n’est pas parce que tu es pauvre que tu n’as pas le droit à la qualité », rappelle ce pionnier de l’architecture durable. Kéré aime les jeux de lumière et introduit parfois dans ses projets un symbolisme puissant, lié à ses racines africaines. L’arbre sacré par exemple, avec le baobab ou l’arbre de vie, est un thème récurrent. Après le pavillon de la Serpentine Gallery et les structures du festival Coachella, le concept ancestral de l’arbre à palabres façonne l’Assemblée nationale du Bénin, en chantier. En lui décernant le 51e prix Pritzker, la fondation Hyatt change de paradigme et met en avant une autre forme d’architecture : résiliente, durable et capable d’« émanciper et transformer les communautés ». Rien d’étonnant à ce qu’elle soit représentée par un Africain.

Lycée Schorge, Koudougou, Burkina Faso 
Construit à partir de latérite locale et entouré d’une haie en bois d’eucalyptus, ce complexe au design iconique est un bel exemple d’architecture innovante à bas coût.

Cette « maison de la célébration » (en langue bissa) est une installation temporaire inspirée par les baobabs. Ses 12 tours invitaient les participants au festival de Coachella en 2019 à se retrouver, à l’abri du soleil et de la chaleur.

 

Sarbalé Ke, Californie, États-Unis 
Cette « maison de la célébration » (en langue bissa) est une installation temporaire inspirée par les baobabs. Ses 12 tours invitaient les participants au festival de Coachella en 2019 à se retrouver, à l’abri du soleil et de la chaleur.

Cette « maison de la célébration » (en langue bissa) est une installation temporaire inspirée par les baobabs. Ses 12 tours invitaient les participants au festival de Coachella en 2019 à se retrouver, à l’abri du soleil et de la chaleur.IWAN BAAN (2)
IWAN BAAN (2)

Projet pour l’Assemblée nationale du Burkina Faso 
Cette proposition pour une nouvelle Assemblée, après la révolution de 2014, met en avant les valeurs de transparence, de justice sociale et d’inclusivité qui ont animé la révolte. Sa construction est néanmoins suspendue depuis plusieurs années.

Projet pour l’Assemblée nationale du Burkina Faso.KÉRÉ ARCHITECTURE
KÉRÉ ARCHITECTURE

Extension de l’école primaire de Gando, Burkina Faso 
En 2003, deux ans après avoir terminé la première école de son village, les inscriptions explosent et Kéré lance son extension. Il y affine les techniques de construction qui ont fait connaître au monde son design low-tech.

ERIK-JAN OWERKERK - IWAN BAAN
ERIK-JAN OWERKERK - IWAN BAAN

Serpentine Pavilion, Londres, Grande-Bretagne 
Premier architecte africain invité à concevoir le pavillon d’été provisoire de la Serpentine Gallery, en 2017, il transpose à Londres l’arbre à palabres de Gando, pour y créer une communion avec la nature.

ERIK-JAN OWERKERK - IWAN BAAN
ERIK-JAN OWERKERK - IWAN BAAN

Xylem, centre d’art Tippet Rise, Fishtail, Montana, États-Unis
​​​​​​​L’architecte applique les mêmes principes d’éco-compatibilité quand il construit autre part qu’en Afrique. Réalisé à partir de bûches de pins, ce pavillon s’intègre à merveille à son environnement.

​ IWAN BAAN ​
​ IWAN BAAN ​

 

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