Jour d’investiture!
9 mai 2026 : Ismaïl Omar Guelleh prête serment pour un sixième mandat dans le tout nouveau Centre international des conférences de Djibouti, en présence d'invités de marque – chefs d'État, Premiers ministres, envoyés spéciaux… Le message est clair : ouverture au monde et à ses réalités, stabilité, adaptation, développement technologique.
Ce 9 mai 2026, Djibouti est l'un des centres de l'Afrique. Nous sommes ici dans la capitale d'une small nation, pour reprendre la terminologie onusienne. Une terre d'un peu plus d'un million d'habitants qui a su s'imposer sur la carte du monde. Djibouti, c'est la porte de la Corne de l'Afrique, une ouverture sur la mer Rouge et sur le détroit de Bab el-Mandeb. Un carrefour stratégique, portuaire, logistique et militaire essentiel pour les équilibres globaux. Et ce jour-là, dans le tout nouveau Centre international des conférences de la capitale, Ismaïl Omar Guelleh (IOG) prête serment pour un sixième mandat consécutif à la tête du pays.
Il y a à la fois quelque chose de nouveau et de familier dans la cérémonie. IOG est le deuxième président de la République d'un pays jeune, indépendant depuis quarante-neuf ans. Il est au pouvoir depuis 1999. Vingt-sept ans au cours desquels il a façonné, méthodiquement, le Djibouti moderne. Artisan d'une réconciliation nationale qui n'allait pas de soi dans un pays traversé par des fractures ethniques et politiques profondes, il a posé les fondations d'un modèle de développement centré sur l'activité portuaire et logistique, transformant ainsi une géographie contraignante en avantage compétitif. Une géographie qui a permis d'élaborer une stratégie sécuritaire habile. À Djibouti, cohabitent des bases militaires américaine, française, chinoise – la seule en dehors de la Chine – et japonaise, le tout en préservant l'indépendance de décision du pays.
Le résultat de l'élection du 10 avril a été sans appel : un taux de participation de 88,56 % et 97,01 % des suffrages. Selon le président du Conseil constitutionnel, le scrutin s'est déroulé « dans le calme, la dignité et la sérénité ». La compétition politique n'était pas forcément au centre de l'affaire. Ce dont les Djiboutiens ont témoigné, c'est leur volonté de stabilité, de paix et de continuité dans un environnement régional et international complexe. Dans une Corne de l'Afrique où les crises sont endémiques – Éthiopie sous tension, Somalie en reconstruction, Soudan fracturé, Yémen de l'autre côté du détroit –, ce message a une portée qui dépasse les frontières. Et l'expérience du chef de l'État, à la fois sur des sujets internes et externes, reste son meilleur argument politique.
DES INVITÉS PRESTIGIEUX
Dans la salle du Centre international des conférences, un parterre de personnalités qui confirme la stratégie géopolitique djiboutienne. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, à la tête d'un pays de 138 millions d'habitants dont Djibouti est le voisin, et surtout la principale porte d'accès à la mer. Le président somalien, Hassan Cheikh Mohamoud. Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir. Le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema. La ministre française des Armées, Catherine Vautrin – le choix du portefeuille dit tout de la nature de la relation franco-djiboutienne. Le Premier ministre égyptien, Moustafa Madbouli. L'envoyé spécial du président Xi Jinping, Losang Jamcan, vice-président du Comité permanent de l'Assemblée populaire nationale. Mahamoud Ali Youssouf, le président de la Commission de l'Union africaine, enfant du pays. La BAD, les Nations unies, l'IGAD, l'OCI, le Maroc et son ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, le Rwanda, le Kenya, le Qatar, le Japon, l'Angola. Et la représentation américaine, avec l'ambassadrice des États-Unis Cynthia Kierscht. Parmi les personnalités djiboutiennes, le Premier ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed, le président de l'Assemblée nationale, Dileita Mohamed Dileita, et la Première dame, Kadra Mahamoud Haïd, qui, grâce à son engagement à la tête de l'Union nationale des femmes djiboutiennes (UNFD), est devenue une figure à part entière du paysage public djiboutien.
UN DISCOURS, TROIS AXES
Les investitures donnent souvent lieu à des moments diplomatiques forts, des apartés aux enjeux stratégiques que le protocole rend possibles. Celle du 9 mai n'a pas fait exception. La première rencontre postcérémonie est trilatérale et significative : IOG, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, et Malik Agar, vice-président du Conseil de souveraineté de transition du Soudan. Trois pays de l'IGAD – dont Djibouti assure la présidence – discutent de la paix, de la sécurité régionale, et en particulier du dossier soudanais, dont l'instabilité menace les équilibres de toute la sous-région. Des entretiens bilatéraux se succèdent ensuite avec Salva Kiir, Rashad Al-Alimi du Yémen, le Premier ministre égyptien. Autant de signes que Djibouti n'est pas qu'un hub logistique. C'est un médiateur naturel dans une région qui en manque cruellement.
Chaque investiture implique une prise de parole présidentielle. L'exercice peut sembler convenu, mais il permet d'éclairer les intentions à l'aube d'un nouveau mandat. Le discours avait pour titre « Solidarité nationale, technologies et ouverture au monde ». Trois axes. Le premier : celui de la croissance, de son dynamisme, mais aussi et surtout de son caractère inclusif – l'éducation, la santé, l'égalité des chances, la place des femmes « à tous les niveaux de responsabilité ». Une croissance qui profite à toutes les régions, à toutes les catégories sociales, à toutes les générations. Le deuxième : le numérique, et l'intelligence artificielle comme secteur stratégique d'émergence, au même titre que le port ou les zones franches : « Le monde connaît aujourd'hui des mutations profondes, a dit IOG. [Des] opportunités considérables pour accélérer notre développement, améliorer la productivité et moderniser notre économie. » Un progrès qu'il faudra maîtriser : « Le progrès technologique doit être encadré et mis au service de l'intérêt général. Il ne doit pas fragiliser notre cohésion sociale. » Le troisième axe : l'intégration régionale et l'ouverture au monde. « Dans le monde d'aujourd'hui, aucune nation ne peut prospérer dans l'isolement. » L'intégration africaine, « une voie essentielle, une opportunité historique ».
Mais c'est peut-être cette phrase, prononcée sans détour depuis la tribune, qui résume le mieux l'état d'esprit du moment et la stratégie présidentielle : « Sans paix, il ne peut y avoir de développement durable, et sans stabilité, il ne peut y avoir de prospérité partagée. Cependant, la stabilité ne doit jamais être un prétexte à l'immobilisme. Elle ne doit pas freiner notre ambition. Elle ne doit pas limiter notre capacité à nous transformer. » Le cap est tracé. Les défis sont là : croissance, financement, inclusivité, formation, énergie, eau, changement climatique. Les opportunités aussi. Et Djibouti a démontré, décennie après décennie, une capacité réelle de résilience et d'adaptation.