Ressources
L'Afrique est-elle incontournable?
Terres rares, minerais critiques, hydrocarbures, potentiels solaire, éolien, hydraulique… Le continent recèle un trésor de matières premières, exploitées ou inexploitées, qui le place au cœur des grands enjeux du futur. En particulier celui de la transition énergétique. Une position de force, à condition de s’engager résolument dans l’industrialisation et la maîtrise des chaînes de valeur.
L'Afrique dispose du potentiel pour devenir le moteur de la transition énergétique», estime la Banque mondiale. La demande globale en métaux devrait en effet être multipliée par quatre d’ici 2040, pour atteindre 3 milliards de tonnes en 2050. Or, les réserves africaines sont largement inexploitées, à l’inverse de celles du reste du globe, où les gisements ont tendance à s’épuiser. Pourtant, seulement 10% des dépenses mondiales d’exploration minière sont effectuées sur le continent, où les données géologiques n’ont guère été mises à jour depuis l’ère coloniale… Lors de Mining Indaba 2026, la conférence annuelle des investissements qui se déroule en février au Cap, le ministre des Mines de la RDC Louis Watum Kabamba a même avancé que «25000 milliards de dollars» dormiraient encore dans le sous-sol congolais: «Nos réserves géologiques non encore exploitées représentent plus de 90% de notre potentiel.» La RDC, où les deux tiers de la population vivent sous le seuil de pauvreté, entend donc s’imposer comme «un acteur industriel majeur de la transition énergétique mondiale». Des sociétés, telle KoBold Metals soutenue par Bill Gates et active notamment en Zambie , font appel à l’IA afin de dénicher de nouveaux gisements. Cependant, un gisement n’est pas une mine : la mise en valeur d’une ressource du sous-sol implique d’importants investissements à long terme. Le site guinéen de Simandou, gigantesque gisement de fer identifié depuis des décennies, n’est par exemple exploité que depuis quelques mois. Surtout, l’exploitation d’une mine n’implique que trop rarement des retombées positives pour les populations environnantes. Alors que Donald Trump ambitionne de constituer une «réserve stratégique de 12 milliards de dollars de minerais critiques» congolais dans le cadre du «projet Vault», en échange d’un encore improbable accord de paix dans l’est de la RDC, Jean-Pierre Okenda, président de l’ONG congolaise Sentinelles des ressources naturelles, met en garde: «Nous risquons d’être dans une situation de répétition de nos erreurs», estime-t-il sur RFI, rappelant que, dans les années 2000, «la Chine n’a pas vraiment contribué» au développement économique. Deux universitaires sud-africaines, Hanri Mostert et Tracy-Lynn Field, observent que «les trocs “ressources contre sécurité”» se sont, par le passé, «tous traduits par l’affaiblissement de la souveraineté des États et de leur pouvoir de négociation» face au «protecteur» autoproclamé.
Le développement de l’Afrique passe donc par la souveraineté et l’industrialisation. L’enjeu pour le continent est clairement de se substituer à la Chine, rivale des Occidentaux, où se trouvent 85% de la capacité de traitement des métaux critiques, et où sont fabriqués 80% des panneaux solaires et 55% des batteries de voitures électriques. «Une nouvelle guerre froide centrée sur les ressources», a résumé, lors du Mining Indaba, Brian Menell, PDG sud-africain de la société américaine TechMet. Mais une guerre froide où «l’Afrique est bien placée pour devenir un acteur incontournable»: elle doit s’imposer non seulement comme le continent des mines, mais aussi celui des raffineries et des usines. Ce qui implique de prendre le contrôle du processus, depuis l’extraction des minerais de la transition énergétique jusqu’à la fabrication des outils de cette transition (batteries de véhicules électriques, panneaux solaires, etc.). Cette industrialisation pourrait créer 2,3 millions d’emplois sur le continent et gonfler le PIB de 12%. Les énergies renouvelables pourraient, quant à elles, permettre de créer entre 1,5 et 3,3 millions d’emplois d’ici 2030.
L’enjeu est également environnemental: l’Afrique ne doit pas devenir l’endroit où Occidentaux et Asiatiques relèguent, loin des regards et des médias, une extraction polluante… En Namibie, pays désertique, la croissance des projets d’extraction d’uranium se heurte au problème de la disponibilité de l’eau: la mine de Husab représente le deuxième consommateur d’eau du pays, derrière la capitale Windhoek. L’Australie, dont le secteur extractif investit massivement en Afrique, a renoncé à de nombreux projets de mines d’uranium sur son propre sol en raison des contraintes environnementales.