Le grand retour de l’uranium
20% des réserves mondiales (Namibie, Niger, Afrique du Sud, Botswana, Tanzanie). Quinze ans après la catastrophe de Fukushima, l’énergie nucléaire, qui a l’avantage de ne pas émettre de CO2 , est réhabilitée.
Le cours de l’uranium a triplé depuis 2020, porté par une forte augmentation des projets de centrales nucléaires: lors de la COP28, fin 2023, à Dubaï, 31 pays se sont en effet engagés à «tripler» leurs capacités en matière d’électricité nucléaire d’ici à 2050, reconnaissant «le rôle clé» de cette énergie, qui n’émet pas de gaz à effet de serre, «dans l’atteinte de la neutralité carbone». L’urgence de la lutte contre le changement climatique a radicalement modifié l’image du nucléaire, fortement dégradée après la catastrophe survenue dans la centrale de Fukushima le 11 mars 2011. Plusieurs nations notamment l’Allemagne, première économie européenne avaient décidé d’abandonner cette énergie. Dans les années 2010, face à l’effondrement des cours et à la chute de la demande, plusieurs pays avaient diminué leur production minière. Désormais, tous ne s’avèrent pas en mesure de répondre à ce nouveau contexte et doivent renouer avec les investissements dans la prospection.
Le nucléaire, qui représente 9% de la production mondiale d’électricité, est promis à une croissance soutenue. Selon l’Association nucléaire mondiale (World Nuclear Association), la demande d’uranium devrait tripler d’ici à 2040, passant de 65650 tonnes à 180000 tonnes par an. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA, Vienne) estime les ressources en uranium à près de 8 millions de tonnes, une quantité suffisante pour permettre une expansion importante du secteur tout au long du siècle.
La Namibie, avec 14% de la production, est le premier producteur africain et le troisième mondial. Au Niger (4,7% de la production mondiale), les autorités veulent reprendre le contrôle de la ressource, exploitée depuis les années 1970 parle groupe minier français Orano (ex-Areva), ainsi que par des groupes américains, australiens, sud-coréen et chinois. Le pays a nationalisé en juin 2025 le site d’Arlit, saisissant 156231 tonnes d’uranium extraites par Orano, «propriété pleine et entière de l’État». Le groupe a lancé deux procédures, devant la justice française et devant le Cirdi (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, Washington). Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, propose de remettre à la France deux tiers de l’uranium saisi, estimant que «ce qui a été produit par la suite est nigérien».