Les terres rares, indispensables mais polluantes
9% de l’offre d’ici à 2029 (Burundi, Madagascar, Namibie, Afrique du Sud, etc.). Une opportunité économique majeure confrontée au défi environnemental.
Ce sont les «VITAMINES» de la transition énergétique: un groupe de 17 éléments chimiques méconnus (lanthane, néodyme, thulium, yttrium, etc.), prisés pour leurs propriétés (conductivité ou magnétisme, par exemple). La demande en terres rares devrait quadrupler d’ici à 2030. «Les terres rares seront bientôt plus importantes que le pétrole», a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Or, 70% d’entre elles sont produites en Chine, et près de 90% y sont raffinées. Un cauchemar pour les Occidentaux, qui redoutent que Pékin n’interdise leur exportation en cas de tensions: 78% des terres rares utilisées aux États-Unis en 2019 provenaient de Chine, y compris des éléments employés dans la fabrication de l’avion de chasse F-35… Européens et Américains se montrent donc avides de sources alternatives d’approvisionnement, notamment en Afrique: d’ici à la fin de la décennie, le continent devrait produire 9% de l’offre mondiale en terres rares, contre 1% en 2020, et s’imposer comme l’une des principales zones de production.
Depuis l’ouverture de la mine de Gakara au Burundi en 2017, les projets foisonnent dans la moitié méridionale du continent en Namibie, au Malawi, à Madagascar, en Tanzanie, au Kenya, en Afrique du Sud, etc. L’enjeu économique est colossal: en Afrique du Sud, le gisement de Phalaborwa, au Limpopo (26000 tonnes d’oxyde de néodyme, praséodyme, dysprosium, terbium), pourrait par exemple engranger 3,6 milliards de dollars pour un investissement de 300 millions. La Namibie a interdit par avance l’exportation brute de terres rares, afin d’imposer le raffinage sur son sol. Mais le défi est aussi environnemental: l’extraction d’un seul kilo de terres rares implique le traitement de milliers de tonnes de minerais au moyen de solvants et d’acides. Un processus si polluant que, dans les années 1990, les États-Unis avaient fermé la plupart de leurs mines et choisi d’importer des terres rares venues de Chine. Dans les années 2010, la Chine, elle-même confrontée à l’exaspération des riverains des mines, a préféré acheter des terres rares extraites en Birmanie. À l’heure actuelle, à Madagascar comme en Afrique du Sud, les projets de mines de terres rares de Base Toliara et Phalaborwa sont donc suspendus à cause des risques environnementaux.