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Ce que j'ai appris

Malika Zarra
Le jazz métis de la marocaine swingue

Par Astrid Krivian - Publié en octobre 2021
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Le jazz métis de la marocaine swingue depuis son pays natal jusqu’à New York. Aux côtés de trois autres illustres chanteuses, elle fera vibrer les rythmes du désert dans le spectacle Sahariennes en novembre.

« LesÉtats-Unis n’ont pas la même histoire que l’Europe avec l’Afrique, donc le regard porté sur moi était différent. Ça m’a libérée. » HOSEA JOHNSON
« LesÉtats-Unis n’ont pas la même histoire que l’Europe avec l’Afrique, donc le regard porté sur moi était différent. Ça m’a libérée. » HOSEA JOHNSON

J’ai besoin de collaborer avec d’autres artistes, pour me nourrir, apprendre. ​​​​​​​Ce magnifique projet Sahariennes réunit des musiciennes de pays sahariens pour mettre en avant ce qui nous lie. On a tendance à l’oublier, mais nous avons un patrimoine commun. C’était pour moi une opportunité de découvrir davantage le répertoire hassani. Je suis retournée au Maroc pour m’imbiber de ces musiques traditionnelles, côtoyer les gens, la culture.

Le XXIe siècle est celui de l’Afrique et des femmes. Je le crois depuis longtemps. Avec les chanteuses de Sahariennes (Noura Mint Seymali, Souad Asla et Dighya Mohammed Salem), nous sommes de fortes personnalités, c’est intéressant de s’exprimer librement dans le respect de chacune. Si les femmes africaines parviennent à s’unir, elles pourront créer et transmettre des choses très positives dans nos sociétés.

Née au Maroc, j’ai grandi aux quatre coins de la France, et j’ai vécu à Londres, à Berlin, puis à New York pendant onze ans. Ce nomadisme fait partie de mon ADN. Plus je mûris, plus je reviens à cette sensation que j’éprouvais, enfant : le monde m’appartient. Je me questionnais déjà sur ce système de frontières. J’ai la chance d’avoir trois passeports pour voyager. Je tiens à cette identité au-delà d’un territoire. J’ai eu le bonheur et le courage de recommencer ma vie plusieurs fois. C’est un enrichissement incommensurable. On rencontre des personnes qui portent un regard différent sur la vie. On réalise que l’art, la musique ont de tout temps voyagé. Ce que l’être humain emporte avec lui n’appartient pas plus à une région qu’à une autre. Ce chemin m’a permis de grandir, de revenir vers moi, d’apprendre à me connaître, à repousser mes limites, à comprendre les autres cultures.

Même si le rêve américain ne m’a jamais traversée, après ma formation en jazz, je suis allée à New York, la Mecque de cette musique. J’en suis tombée amoureuse ! Je m’y suis installée en 2001, l’année des attentats du 11 septembre. Curieusement, ces événements ont provoqué un engouement pour les cultures des pays musulmans. C’est une ville où règne une curiosité inégalée. Elle est aussi extrêmement dure, mais cela m’a été bénéfique, je me suis adaptée : on n’a pas le temps de réfléchir, de pleurer sur son sort, d’être négatif. C’est « marche ou crève », donc il est vital d’être dans l’action, de se faire confiance, d’avancer sans cesse.

Les musiciens new-yorkais étaient friands des influences nord-africaines, donc j’ai eu une écoute. Et comme je suis une bosseuse, j’ai très vite fait ma place, car le travail paie là-bas. La société américaine est basée sur l’argent, on te donne ta chance si tu apportes quelque chose, si tu as un savoir-faire, des capacités, quel que soit le domaine. C’est un pays jeune, moins conservateur. Il n’a pas la même histoire que l’Europe avec l’Afrique, donc le regard porté sur moi était différent. Ça m’a libérée.

En grandissant avec des personnes issues de diverses cultures, j’ai compris que l’art était un outil universel très puissant pour nous relier, comprendre l’autre, toucher nos coeurs, peu importe le pays, la condition sociale… C’est très fort de m’unir aux autres à travers les vibrations de la musique

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