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Quand Will Smith dînait avec Nelson Mandela

Par Jean Marie Chazeau - Publié en novembre 2021
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Will, de Will Smith et Mark Manson. DR ​
Will, de Will Smith et Mark Manson. DR

Dans son autobiographie qui vient de paraître, Will, la star américaine raconte sa rencontre avec le prix Nobel de la paix à l'occasion d'un tournage en Afrique ainsi que sa découverte du continent.

« Nous sommes allés en Afrique, un lieu qui m'était parfaitement inconnu », écrit Will Smith. Nous sommes en 2001, la superstar a pris plusieurs kilos pour incarner Mohamed Ali, dont il raconte aussi la rencontre à Las Vegas quelques mois plus tôt, avant d'accepter le rôle et d'être adoubé par la légende de la boxe. Le comédien, qui ne pesait alors que 88 kg, a d'abord été perplexe face aux réactions du champion... Un épisode décrit de façon très visuelle et avec une salutaire autodérision, comme bien d'autres anecdotes dans cette autobiographie en forme de bilan, qu'il publie à seulement 53 ans.

Un genou sur le sol de la « mère patrie »

Les séquences d’Ali reconstituant le mythique combat de 1974 entre l’icône et George Foreman dans ce qui était alors le Zaïre ne pouvant pas être tournées en République démocratique du Congo – secoué par de nombreux conflits depuis 1998 –, l'équipe du réalisateur Michael Mann s'est donc rabattue sur le Mozambique. « Il est difficile de surestimer la puissance d'une première expérience en Afrique, écrit Will Smith. Deux pas après être descendu de l'avion, et je suis déjà en train de chialer. » Ce premier contact avec le sol de la « mère patrie », comme il l'appelle, fait naître en lui « une sensation viscérale et bouleversante ». Les acteurs (dont Jamie Foxx), presque tous afro-américains, ont fait le vol ensemble et se retrouvent à côté de l'aéroport de Maputo, main dans la main, un genou à terre, pour embrasser le sol. « L'un des mecs qui bossaient à l'aéroport a crié de l'autre côté du grillage : “Bienvenue à la maison, mes frères !” » Mais Maputo à l'époque, c'est aussi le lieu de résidence de l'ancien président sud-africain et prix Nobel de la paix Nelson Mandela, marié à Graça Machel, ex-première dame du Mozambique. Vingt membres de l'équipe du film sont invités à dîner par le couple. « Madiba – c'est par ce nom que l'appellent ses proches – m'a pris la main et m'a fait visiter sa maison, raconte Will Smith. Nous devons nous être tenus les mains pendant dix bonnes minutes. Les hommes ne se tiennent pas la main comme ça quand ils sont adultes ; cette manière de montrer son affection était bouleversante. »

Mandela galvanisé par le cinéma américain

Le comédien évoque aussi le repas qui a suivi, et ce que Nelson Mandela y a confié, notamment la façon dont le cinéma américain a été une source d'inspiration pour lui dans la prison de Robben Island : il avait en effet le droit de regarder un film par mois, et en visionnant Dans la chaleur de la nuit (1967) de Norman Jewison, il a constaté une coupe au milieu du film… Grâce à ses contacts à l'extérieur, il a appris que la scène censurée par le régime d'apartheid montrait Sydney Poitier en train de gifler un Blanc : « Ça m'a galvanisé, explique Nelson Mandela, cité par Will Smith. Si les Noirs dans le cinéma américain étaient les égaux de leurs partenaires blancs, alors c'était seulement une question de temps… » Mandela aurait demandé à plusieurs reprises de revoir Will Smith en tête-à-tête : « Je suis un vieil homme, ne diffère pas », lui écrivait-il chaque année. Mais l’acteur n'a pas osé : « Madiba pensait que j'étais spécial – je ne voulais pas lui montrer que ce n'était pas le cas. » Fausse modestie ? Sans doute pas. Coécrits avec Mark Manson, consultant en développement personnel, les 21 chapitres de l'autobiographie de la star (de « Peur » à « Amour ») sont parcourus d'interrogations, de doutes, de remises en question, fondés sur quelques traumas (dont un père violent avec sa mère) au début d'une vie qui va le conduire au sommet. En passant donc par l'Afrique, où l'on apprend aussi comment Will Smith a aidé à surmonter les tensions raciales entre l’équipe technique sud-africaine blanche et l’équipe mozambicaine sur le tournage d'Ali, et comment il a contribué à la réussite économique de certains de ses membres. Émerge dans ce livre un principe majeur : distinguer la satisfaction du plaisir immédiat et le but à atteindre dans la vie. Pour cet homme qui a longtemps cherché à se faire aimer avant toute chose, c'est un travail de tous les instants. Une scène en marge du Festival de Cannes 2017, où il était membre du jury, est assez révélatrice de ses tiraillements. À découvrir, comme bien d'autres, entre différents épisodes cocasses ou dramatiques, et quelques leçons de vie...

Will, de Will Smith et Mark Manson, Michel Lafon, 452 pages, 22 €.

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