avril 2017
Chimamanda Ngozi Adichie

Chère Ijeawele, un manifeste pour une éducation féministe

Par CATHERINE FAYE
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Traduite en trente langues, cette écrivaine nigériane majeure prend position pour l’égalité des sexes. Un texte militant.
 
Œil de biche et chignon impeccable, la Nigériane fait le buzz. Son dernier ouvrage, une lettre à une jeune mère – qu’elle est également –, prodigue 15 conseils d’éducation féministe. Véritable manifeste pour l’égalité des sexes, ce texte procède d’une de ses convictions : l’urgence morale de créer un monde plus juste. Depuis L’Hibiscus pourpre, loué par la critique en 2003, Chimamanda Ngozi Adichie a su imposer son caractère bien trempé. Et son humour. Que ce soit dans les médias ou lors de sa conférence TEDx largement relayée depuis quatre ans sur les réseaux sociaux avant d’être publiée chez Gallimard en 2015 (We Should All Be Feminists, « Nous devrions tous être féministes »), on a pu découvrir une auteure engagée et ancrée dans un monde protéiforme. En marche. Beyoncé a même repris une partie de ce discours  – samplé dans son titre « Flawless » (« Sans défaut »).
 
Elle y dénonce les diktats et les représentations culturelles, sociétales ou historiques qu’on nous impose. Cette idée où l’on voudrait que chaque femme soit parfaite. Féministe, Chimamanda l’est. Mais plus que tout, elle lève la voix contre toutes les formes de discrimination et de pensée unique. L’histoire de l’humanité ne se lit pas, ne se transmet pas dans un aveuglement collectif. La vie est inflexions, perceptions, points de vue. « Il n’y a pas une seule version des choses », répète-t-elle à l’envi. Ces regards multiples l’ont façonnée depuis son enfance dans une famille éduquée, au sud-est du Nigeria, jusqu’à son arrivée aux États-Unis, à l’âge de 19 ans, où elle obtient plusieurs diplômes universitaires.
 
Dès lors, cette pluriculturalité va tisser l’écheveau de son œuvre, à l’instar de Camara Laye ou de Chinua Achebe, auteurs qui l’ont marquée. Dans L’Autre moitié du soleil, paru en 2006, on suit la vie de deux sœurs séparées par la guerre du Biafra. Adapté par le réalisateur nigérian Biyi Bandele en 2013, ce livre est couronné par l’un des plus prestigieux prix littéraires du Royaume-Uni, l’Orange Prize for Fiction. 
 
Cette consécration lui ouvre la voie des mots qui portent. Mais l’auteure n’aime pas qu’on l’assigne à un rôle. Écrivaine avant tout, elle relie deux continents qu’un océan sépare. En témoigne son roman, Americanah, paru en 2015, dont l’adaptation devrait bientôt sortir en salle, avec Lupita Nyong’o dans le rôle principal. « Fais de la différence une chose ordinaire. Fais de la différence une chose normale », écrit-elle enfin dans Chère Ijeawele, paru le mois dernier. Elle y affiche plus que jamais son rôle de passeuse et de femme libre. Et s’extirpe d’un monde purement littéraire pour occuper la scène internationale des idées féministes, antiraciales et humanistes. À 39 ans, l’élégante, établie à Baltimore et férue de mode, n’a pas hésité à poser pour la marque britannique de maquillage Boots No7. Et à défiler contre l’élection de Donald Trump. « Parce que la réalité de notre monde, c’est la différence. »
 
« Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe »Chimamanda Ngozi Adichie, traduction Marguerite Capelle, Gallimard, 84 p., 8,50 €.
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