avril 2018

Divagations artistiques

Par Emmanuelle Pontié
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Restituer ses oeuvres d’art à l’Afrique. L’idée a été lancée par le chef de l’État français le 28 novembre dernier, à Ouagadougou, lors de son discours à la jeunesse. Il s’ensuivit une flambée passionnelle de réactions à chaud, de tous bords. Les intellectuels du continent, globalement satisfaits, ont rédigé chroniques, éditos et autres analyses sur le sujet, arguant que le retour des oeuvres à leur pays d’origine était une évidence, un préalable à la reconstruction de l’Histoire, à la reconnaissance des pillages orchestrés par les colons et les missionnaires en tout genre, à la conscience collective, à la morale mondiale, etc. Puis, le sujet ne passionnant peut-être pas tant que ça les foules continentales, le débat a faibli. Pourtant, le président Macron n’étant pas trop du genre à lancer des paroles en l’air, une vraie mission a été confiée à des experts le mois dernier pour étudier concrètement les modalités de retour d’oeuvres pillées, sous cinq ans, avec un premier draft de rapport de faisabilité en novembre prochain. Du coup, retour du débat, passionnant, autour de la question. Et qui soulève un nombre incalculable d’obstacles, évidemment.
Selon un galeriste européen renommé, 99 % du patrimoine africain classique serait hors du continent. Il faudra donc déjà trier le bon grain de l’ivraie parmi toutes les oeuvres volées, en gros sur 150 ans. En sachant que, juste pour le Bénin, dernier pays en date dont le président Patrice Talon a demandé la restitution du patrimoine artistique détourné, on estime entre 4 500 et 6 000 le nombre d’objets concernés en France… Vient ensuite le souci évident, soulevé par la plupart des conservateurs internationaux, de la protection des oeuvres d’art dans leur pays d’origine. Les musées, les archives, le personnel formé à la conservation ne foisonnent pas. Donc comment faire en sorte que les joyaux soient d’une part bien préservés, et d’autre part exposés au public (car c’est quand même le but, in fine) ?
Voire comment éviter qu’ils soient à nouveau pillés et revendus ailleurs… Certains proposent aussi de dupliquer les oeuvres afin qu’elles restent exposées dans les musées occidentaux. OK, mais à qui reviendra l’original ? Autre question encore, au hasard : quid des pays qui ne réclament rien, et que l’initiative pourtant bien louable de Macron n’a même pas fait lever un sourcil ? Bref, un chantier immense, dont le premier casse-tête se situe au niveau juridique, car il va déjà falloir réinventer un cadre législatif pour le processus de restitution… Mais l’idée vaut le coup. L’Afrique le mérite. L’Histoire de l’humanité aussi.
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