juin 2017
Disiz La Peste

La révolte tranquille

Par Sophie Rosemont
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40 ans, l’âge de raison ? Assagi, le rappeur inspiré des années 2000 revient plus en verve que jamais avec l’ambitieux album Pacifique.

Qui dit Disiz dit « J’pète les plombs », énorme tube antisocial qui lui a valu d’être étiqueté enfant terrible du hip hop français en 2000. à l’époque, ses références étaient nettement au-dessus du lot de la plupart de ses pairs rappeurs. Il s’y inspirait de la prestation rageuse de Michael Douglas dans Chute libre de Joel Schumacher (1993), l’irradiant de son humour aux échos désespérés. Puis il n’a plus arrêté de produire, ne manquant jamais de surprendre son public – notamment en 2010, avec Dans le ventre du crocodile, qui témoignait de son amour pour le rock’n’roll.

Outre ses incursions littéraires (via Les Derniers de la rue Ponty en 2009 et René en 2012), il a su renouveler le langage du rap francophone avec une verve narrative plutôt épatante… Et continue de le faire aujourd’hui avec ce superbe Pacifique, qu’il a tenu à réaliser lui-même… hormis deux coproductions avec Stromae sur « Splash » et « Compliqué ».

On tient là un album qui épouse à la fois l’air du temps (on y entend de l’auto-tune, des beats synthétiques, une trame électro-pop) tout en respectant l’ADN sonore de Disiz, à savoir un hip hop mâtiné d’influences éclectiques, du zouk à la chanson française. Il s’offre même le luxe de reprendre un des plus grands tubes d’Alain Souchon avec « Quand je serai chaos ».

Approuvé par l’intéressé ! Une fois encore, ses inspirations relèvent le niveau, avec des allusions à Tolstoï, Aldous Huxley, Massive Attack, Jack London ou Steven Spielberg. Et s’attaque à ce que l’actualité a de plus révoltant : « Poisson étrange » évoque Aylan, enfant syrien retrouvé mort sur une plage… Plombant, Pacifique ? Non, il est au contraire traversé de cette insatiable soif de vivre et de raconter qui caractérise Disiz La Peste depuis ses débuts. Impossible de ne pas esquisser quelques pas de danse sur « Radeau », « ADN » ou « Ça va aller ». Enfin, « Auto Dance » ferme ce 11e album avec un panache se nourrissant des jolies mélodies de ses ancêtres comme de son présent musical foisonnant.

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