janvier 2018

LES BIENHEUREUX

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ALGER, 2008. Il y a le fils étudiant qui fume des joints avec son pote fan de « taqwacore punk halal » et cherchant à se faire tatouer un verset du Coran dans le dos. Il y a leur copine farouchement indépendante, à la répartie assassine, mais marquée par la terreur islamiste durant son enfance (Lyna Khoudri, prix d’interprétation à Venise). Il y a les parents, couple amoureux mais déchiré après avoir traversé les années de plomb. Ils ne supportent plus « la bigoterie que l’État distille dans nos veines » : voulant fêter leurs vingt ans de mariage, ils sont chassés d’un comptoir (pas de femme au bar), d’une terrasse (pas d’alcool à cause des voisins). Et puis il y a Alger, superbement filmée sous toutes les coutures, belle et sordide, généreuse et inquiétante, où les personnages semblent enfermés. Deux générations, beaucoup de bienveillance, une angoisse larvée et des désirs contraires : le film parvient à l’équilibre sur le fil des émotions.
 
Jean-Marie Chazeau

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