janvier 2018

MALI : HUIT MOIS POUR CONVAINCRE

Par Olivier DUBOIS
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Il y a quatre ans, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) remportait l’élection présidentielle avec 77 % des suffrages – un score inédit dans le pays, porté par des promesses précises : la reconstitution de l’intégrité nationale, la neutralisation des djihadistes, la paix et le retour de l’autorité de l’État. Pour l’heure, son bilan est en demi-teinte.
Depuis la crise de 2012, née de l’attaque organisée par les rebelles touaregs du nord du Mali alliés aux djihadistes, le gouvernement et les institutions ne sont pas parvenus à imposer leur autorité. L’État est toujours absent des vastes régions du Nord ainsi que dans le centre du pays devenu la base arrière des djihadistes. L’instabilité sécuritaire s’est généralisée. Des accords ont bien été signés avec les groupes armés, mais ils ne sont pas appliqués et le retard accusé par la mise en oeuvre de l’accord de paix d’Alger, imputable aux parties qui ne se font pas confiance, semble compromettre les espoirs d’une paix durable. La force conjointe chargée de combattre le terrorisme dans les cinq pays du Sahel (G5-Sahel), emmenée par le Mali et chapeautée par la France, manque toujours de moyens et peine à rassembler les fonds pour boucler son financement.
Pourtant, depuis son élection, IBK aura permis à l’armée de monter en puissance avec l’adoption d’une loi d’orientation et de programmation militaire, une première dans le pays, la création de deux nouvelles régions, la mise en place de deux mesures phares de l’accord de paix, les autorités intérimaires et le Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) dans les cinq régions du Nord. Sur le plan économique, la croissance a dépassé 5 % en 2015, contre 2,1 % en 2013. La décision du président d’accorder au secteur agricole 15 % du budget national y est pour beaucoup. Mais les attentes des Maliens sont loin d’être comblées. Alors que la présidentielle devrait se tenir en juillet 2018, l’opposition, qui n’a cessé de fustiger un « pilotage à vue du pays », a connu une belle victoire en faisant reculer IBK sur le projet de nouvelle Constitution. Mais elle n’a pas su embrayer sur une stratégie viable et faire émerger un leader. Soumaïla Cissé, chef du principal parti d’opposition, peine à fédérer sur sa personne. Une faiblesse qui permet au chef de l’État de se poser en candidat incontournable. IBK s’attelle déjà à regagner du terrain à travers son programme d’urgence sociale lancé début 2017 et qui court jusqu’en 2020 : 450 milliards de francs CFA (680 millions d’euros) dédiés aux secteurs de l’eau, de l’éducation, de l’énergie, de la santé et dont l’objectif est l’amélioration « rapide » des conditions de vie des Maliens. Des populations qui, si elles sont bien « encadrées » par les leaders d’opinion, pourraient s’exprimer en sa faveur.
Au sein de sa famille politique, on considère qu’un nouveau mandat permettrait à IBK de finir ce qu’il a commencé. Mais en coulisses, chez les partisans ou non, bruit la rumeur qu’il sera impossible d’organiser des élections à la date prévue. En défendant son bilan, en partant à la reconquête des déçus, en posant des actes concrets afin d’enclencher une dynamique pour la présidentielle, le président peut-il quand même l’emporter ? De leur côté, les Maliens veulent l’assurance que le prochain chef de l’État, quel qu’il soit, sortira le pays de l’ornière.
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