mars 2018

Nakhane
Le talent clairvoyant

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Tout le monde ne parle que de ce jeune Sud-Africain multi-facettes, et de sa voix aux accents LYRIQUES. Une révélation.
 
UNE SOUL-POP électronisante et parfois électrique, littéralement. Sorti des tripes, un chant qui va droit au coeur, imposant sa nourriture soul et son potentiel lyrique. Né Nakhane Mahlakahlaka il y a vingt-neuf ans, en Afrique du Sud, il a pris ensuite le patronyme scénique de Nakhane Touré (en référence à Ali Farka Touré, l’une de ses idoles) pour se faire un nom dans le vaste domaine de l’art. D’abord en musique : après s’être essayé au punk rock à la fac, il se lance dès 2013 avec un premier album remarqué, Brave Confusion.
Sa famille le soutient, et pour cause : sa mère et sa tante professeur de musique chantent à l’église – mais savent l’encourager, à leur manière : « Si jamais ma tante me voit à la télévision et que je ne suis pas au niveau, elle m’appelle et me crie dessus : “C’était quoi, ça ? Tu ne vas pas nous humilier à la télévision nationale !” Mais si je suis bon, elle va me dire : “Bon sang, tu les as tous tués !” » De quoi travailler ses performances, assez exceptionnelles en live. Une étoffe de comédien, aussi… Car Nakhane a récemment été vu au cinéma, dans Les Initiés. Il y interprétait jeune homme gay devant affronter son environnement. Pas tout à fait un rôle de composition puisqu’il est régulièrement menacé pour oser assumer son homosexualité. Loin de céder à la peur, il garde la tête haute, ne souhaitant pas revivre les tourments d’une adolescence incertaine… jusqu’à ce qu’il lise James Baldwin. « J’avais 19 ans et jusque-là, j’étais perdu dans ma vie. J’étais noir, queer, je n’avais jamais rien lu sur des personnages qui me ressemblaient et les livres de Baldwin ont été un appel. Tout comme Brenda Fassie, qui a affronté tous les dangers pour vivre sa musique en public. » La reine de la pop sud-africaine est décédée à Johannesburg, où vit aujourd’hui Nakhane. Pourtant, les sirènes européennes lui font de l’oeil… « J’adore Londres et j’y passe de plus en plus de temps, mais je ne veux pas vraiment quitter Johannesburg. Les Sud-Africains veulent vivre, sont enthousiastes, ils s’habillent bien, les jeunes font des choses sans attendre d’être embauchés par les grosses sociétés. Et puis moi, c’est la friction qui m’inspire… Le confort, c’est dangereux pour l’inspiration ! »
C’est aussi le crayon à la main que s’illustre Nakhane qui, fort d’un roman publié en 2015, Piggy Boy’s Blues, sait traduire ses émotions et ses combats dans ses chansons. « Clairvoyant », « You Will Not Die », « Fog », « Teen Prayer » : tout sonne bien, mais surtout juste. Influencé par l’authenticité d’artistes comme Joni Mitchell ou Marvin Gaye, il aime aussi ceux qui endossent des personnages tels David Bowie. Réjouissons-nous, Nakhane semble bien appartenir à ces deux catégories.
 
par Sophie Rosemont

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