novembre 2017
Tunisie

Rached Ghannouchi : objectif présidence ?

Par Frida DAHMANI
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Barbe taillée, habits ajustés, discours policé… Le leader d’Ennahdha, le parti islamiste tunisien, peaufine patiemment son image, responsable et toute en rondeur. Un costume sur-mesure taillé pour l’élection de 2019 ?

Une métamorphose au pic de la torpeur estivale. Le 1er août, en pleines vacances, Rached Ghannouchi accorde une interview à la chaîne Nessma TV. Un entretien où il excelle dans la rhétorique mais sans aborder alors le buzz du moment, qui évoquait un remaniement ministériel imminent. Les téléspectateurs ne retiennent rien de l’intervention hormis deux détails qui enflamment médias et réseaux sociaux : un, le président d’Ennahdha demande à Youssef Chahed, le chef de gouvernement, de ne pas se porter candidat à l’élection présidentielle de… 2019 ; et deux, il porte une cravate. Une première.
 
Deux points symboliques qui amènent les observateurs à en déduire que Ghannouchi souhaite briguer la présidence. Interrogé sur ce nouveau look vestimentaire, le service de communication d’Ennahdha fait savoir qu’il s’agit d’un « choix personnel ». Le cheikh, lui, le justifie par un simple « changement d’habitude ». Mais Lotfi Zitoun, l’un des dirigeants du parti et pilier du pré carré de Ghannouchi, se montre plus disert, expliquant qu’il s’agit d’« une sortie du cadre de la communauté et d’un pas vers l’État ». Sous-entendu Carthage ? La formule, sibylline, ne dévoile rien des réelles intentions du leader islamiste mais laisse place à toutes les interprétations.
 
« L’intervention de Ghannouchi ce soir-là doit être comprise comme un premier pas sur la route de Carthage et l’élimination d’un rival » : pour Issam Chebbi, secrétaire général du parti Al-Joumhouri, l’intervention sur Nessma TV ne fait pas de doute. Il faut dire que le leader islamiste n’en est pas à son coup d’essai : en 2014, à deux mois des élections législatives et présidentielles, il avait transmis pareille requête à Mehdi Jomaa. À sa nomination, le chef du gouvernement s’était engagé à ne pas se présenter mais, devenu populaire, aurait pu changer d’avis. Il s’était finalement abstenu sous la pression des partis politiques, Ennahdha en tête. Cette fois-ci, le patron du mouvement islamiste dispense donc un avertissement avec deux ans d’avance.
 
De quoi s’interroger sur les intentions de celui qui, en homme politique avisé, ne laisse rien au hasard. D’autant qu’il sait qu’avant cette échéance, le processus de transition doit compter avec les municipales (reportées de décembre 2017 à mars 2018) puis l’organisation des législatives au quatrième trimestre 2019. À cette aune, le scrutin présidentiel paraît un horizon encore lointain. Mais occuper le terrain est essentiel. Depuis l’échec de la troïka gouvernementale que conduisait Ennahdha en 2013 (avec Ettakatol et le Congrès pour la République), la stratégie des islamistes, impulsée par son chef, est de ne pas occuper les devants de la scène mais de travailler en coulisses, notamment à travers l’Assemblée des représentants du peuple (ARP, avec 69 députés sur 217), le gouvernement – où la formation détient quatre portefeuilles – et des organismes publics où certains de ses sympathisants sont en place. 
 
UN PARTI DEVENU INCONTOURNABLE 
 
En parallèle, Ennahdha continue de développer ses réseaux dans l’administration, la police, la justice et les écoles, et est active dans le tissu associatif, une présence qui dérange le reste de la société civile, qui dénonce l’entrisme et le militantisme à outrance des islamistes. Une stratégie payante qui rend Ennahdha incontournable bien qu’elle ne soit pas majoritaire : en 2014, Rached Ghannouchi a ainsi décidé de l’issue de la présidentielle bien que ni lui, ni l’un des siens, n’aient été candidats. Au second tour, il n’a pas adoubé Moncef Marzouki, le président sortant qui nourrissait cet espoir, et ouvert ainsi les portes de Carthage à Béji Caïd Essebsi avec lequel Ennahdha allait signer une alliance pour gérer le pays. 
 
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