janvier 2018

SÉNÉGAL : LA ROUTE ARDUE VERS 2019

Par Zyad Limam
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C’est le challenger putatif, redouté ou espéré, selon les uns ou les autres, du président Macky Sall à l’élection présidentielle de 2019. Dans moins de deux ans. Au moment où nous écrivons ces lignes, Khalifa Sall, maire de Dakar, est toujours incarcéré à la prison de Rebeuss, dans la capitale. Il est accusé d’avoir utilisé, sans les justifier, les fonds de la régie d’avance de la municipalité pour un montant de 2,7 millions d’euros entre 2011 et 2015. Depuis le 7 mars dernier, il est inculpé notamment d’« association de malfaiteurs » et « escroquerie aux deniers publics ». Résultat, à ce jour, neuf mois de prison tout de même, sans jugement… Maintien en détention « légitimée » par une levée de l’immunité parlementaire du prévenu le 25 novembre.
Pour les partisans du maire, et ils sont nombreux, l’affaire est claire. Il a utilisé la caisse comme tous ses prédécesseurs, ni plus ni moins, et il est victime d’une cabale politique. L’objectif étant d’éliminer un potentiel candidat contre le président, de le faire condamner et le rendre ainsi inéligible… Des poids lourds de la scène politique, comme Idrissa Seck, qui ronge son frein depuis les années Wade, ne se sont pas privés de condamner « l’instrumentalisation de la justice ». Ces débats récurrents sur des juges aux ordres (inaugurés entre autres par les condamnations de Karim Wade et de ses proches) viennent accentuer un climat général crispé. La popularité du président et du gouvernement n’est pas particulièrement au beau fixe. La société civile, les médias, dénoncent l’emprise de la famille présidentielle sur les affaires privées ou celles de l’État et le recul « démocratique ». En particulier sur la promesse non tenue de réduction du mandat présidentiel en cours. Les élections législatives de juillet 2017 ont été particulièrement laborieuses sur le plan de l’organisation et ont vu à la fois l’écrasante victoire du camp présidentiel et l’élection de Khalifa Sall à Dakar. Malgré les bonnes performances « macro », et dans l’attente d’un possible miracle pétrolier, les Sénégalais ont toujours autant de mal à joindre les deux bouts. Les efforts du gouvernement sont indéniables, mais la compétitivité globale reste faible, les investissements extérieurs limités, et de larges pans des milieux d’affaires sont vent debout contre l’alliance stratégique avec le Maroc, accusée de détruire le peu d’emplois existants dans les secteurs primaire et secondaire.
Pourtant, le président Macky Sall ne manque pas d’atouts. Son image à l’extérieur auprès des partenaires politiques et des bailleurs de fonds reste solide. Et il profite sur le plan interne d’une opposition atomisée, en mal d’unité. Celui dont on disait qu’il devait son élection par défaut en 2012 en raison du rejet d’Abdoulaye Wade, celui dont on disait également qu’il était sans « vraiment d’idées », s’est révélé un homme politique redoutable, bien décidé à défendre son fauteuil. Dans le contexte d’un scrutin à deux tours, l’objectif reste d’éviter certainement l’émergence d’une candidature forte d’opposition, se rassemblant sur un « TSM », « tout sauf Macky ». Procès probable et public de Khalifa Sall, montée des ambitions, malaise économique, la route vers 2019 sera particulièrement pentue et les premiers virages se feront sentir dans les tout prochains mois.
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