avril 2018

Sahel : une guerre de cent ans

Par Cherif Ouazani
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En mai 2018, le G5 devrait déployer 5 000 hommes. Objectif : éradiquer la menace terroriste, lutter contre la criminalité transfrontalière et assécher les réseaux de migrants. Une mission quasi-impossible.

Recrudescence des attaques terroristes, multiplication des conflits inter et intracommunautaires, criminalité transfrontalière. La bande sahélo-saharienne fait face à une inquiétante dégradation de la situation sécuritaire. Dernière illustration en date, la double attaque, le 2 mars 2018, contre l’état-major de l’armée burkinabè et le siège de la chancellerie de l’ambassade de France, à Ouagadougou. Une action revendiquée par Nusrat al-Islam wal-Muslimin (NIM), que l’on pourrait traduire par « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » (GSIM). Dans des milieux djihadistes où les alliances se font et se défont, NIM est un regroupement d’organisations islamistes créé en réponse à la stratégie adoptée par cinq États de la région (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) organisés, depuis 2014, en un G5. En février 2017, les cinq présidents décident le lancement d’une force conjointe (FC G5) de 5 000 hommes, censée devenir, à partir de mai 2018, le bras armé régional de la lutte antiterroriste. Un mois plus tard, le 1er mars 2017, Iyad Ag Ghali, leader d’Ansar Dine (les Partisans de la religion), annonce la création de NIM, alliance regroupant les principaux acteurs du mouvement djihadistes au Sahel : outre Ansar Dine, les brigades sahéliennes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), les francs-tireurs d’Al-Mourabitoune, de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, ainsi que le Front de libération de Macina (FLM du prédicateur peul Amadou Kouffa). Appelée à intervenir dans un environnement où se bousculent de nombreux dispositifs militaires : nationaux (les armées régulières des États membres), international (la Minusma, opération de maintien de la paix des Nations unies au Mali), français (opération Barkhane) et américain (un contingent au Niger), la FC G5 est considérée, à tort ou à raison, comme une création de la France. Cependant, le drame de ce dispositif militaire tient à l’absence d’une stratégie politique cohérente. Les acteurs régionaux et internationaux réduisent l’équation sahélienne à la seule menace djihadiste, minimisant les conflits locaux et l’extrême pauvreté des populations. La FC G5 est une réponse militaire pour réparer une zone grise, résultant d’une crise multidimensionnelle, partie d’un épicentre, le Mali, sur un clivage central Blancs contre Noirs (Touaregs contre le reste du Mali) ayant fait le lit à la radicalisation des esprits, produit une violence qui a contaminé deux pays voisins, le Burkina et le Niger, et gravement menacé deux autres, la Mauritanie et le Tchad. C’est pourquoi le nouveau front qu’ouvre la FC G5 a toutes les chances de devenir une guerre de cent ans. Cent ans, une évaluation exagérée ? Le principal facteur de la transformation du Sahel en zone grise est, sans conteste, l’irrédentisme touareg. L’origine du conflit de l’Azawad date de… 55 ans.

Mali, l’épicentre

La première rébellion touarègue a débuté en 1963. Une partie de cette communauté berbère conteste le pouvoir central de Bamako, réclame l’indépendance de l’Azawad, territoire englobant les trois grandes régions du nord du Mali : Gao, Kidal et Tombouctou. Soit les deux tiers du territoire. Le nord malien devient une « exception permanente » avec, à la clé, une administration militaire. L’inimitié atavique entre Blancs (Touaregs et Maures) et Noirs (les autres communautés vivant dans l’espace sahélien) est exacerbée par la répression des soldats maliens. Aux bavures militaires répliquent des attaques contre les positions de l’armée par des Touaregs, de mieux en mieux préparés aux opérations de guérilla. Au fil des ans, les haines s’accumulent et entre les communautés, les fossés creusés se transforment en falaises abyssales. En 1990, la rébellion a désormais un nom, le mouvement populaire de l’Azawad (MPA) et un visage, Iyad Ag Ghali. La revendication indépendantiste est de mise mais le mouvement est séculier, ne faisant aucune référence à la religion. Mais cela ne va pas durer.

Salafisation du sahel : de tora bora à l’adrar des ifoghas

En 1991, le grand voisin du nord, l’Algérie, est en butte à une montée de l’islamisme politique, incarné par le Front islamique du salut (FIS). Coïncidence ? Une nouvelle organisation, baptisée Front islamique arabe de l’Azawad (FIAA), voit le jour. Ce mouvement est la première manifestation politique de la communauté arabe vivant dans le Tilemsi. La référence à l’islamisme n’inquiète pas outre mesure Bamako. « Simple mimétisme avec le grand frère algérien » minimise un rapport de la Sécurité d’État (SE, services de renseignement maliens). Cependant, l’islamisation des esprits était en marche. Elle viendra d’Algérie mais sera décidée ailleurs. Depuis les contreforts de Tora Bora, aux confins du Pakistan et de l’Afghanistan. Le succès des opérations du 11 septembre 2001 rend Oussama Ben Laden euphorique. Le fondateur d’Al-Qaïda caresse un rêve fou : reconquérir l’Andalousie et le sud de l’Europe. Le déclin des maquis islamistes en Algérie contraint OBL d’envisager la « reconquista » par la mise en place d’un croissant djihadiste en Afrique, partant des bords de l’océan Indien, avec les Shebab somaliens, aux bords de la Méditerranée, avec les maquisards algériens du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, devenu depuis Aqmi) en passant par la guérilla islamiste qui sévit alors dans les États du nord du Nigeria, et par l’imprenable Adrar des Ifoghas, que contrôlent les indépendantistes touaregs. Pour faire la jonction entre tout ce beau monde, Ben Laden charge un de ses lieutenants, le Yéménite Imad Alwan, de créer la plus grande armée djihadiste pour « reprendre Grenade ». En quelques mois, Imad Alwan passe de la Somalie, au Soudan, puis de la République centrafricaine au Cameroun, du Nigeria au Niger et arrive en Algérie en 2002, semant les graines qui donnent naissance à Boko Haram au Nigeria et préparant la reconversion du GSPC en franchise régionale d’Al-Qaïda. Le Sahel constitue une priorité pour le missi dominici de Ben Laden. L’affaire est confiée à deux barons du GSPC : Amara Saïfi, alias Abderrezak el-Para, et Abdelhamid Abou Zeid. Un troisième larron, Mokhtar Belmokhtar, s’invite dans cet agenda. Comment sait-on tout cela ? Une patrouille de l’armée algérienne tombe, par hasard, sur la planque d’Imad Alwan. Le Yéménite est tué mais la documentation qu’il laisse est édifiante. Elle dévoile son parcours africain, les personnes qu’il a rencontrées et le projet sahélien de Ben Laden. La disparition d’Alwan ne met pas fin au processus de salafisation du Sahel. En compagnie d’une quarantaine d’hommes, el-Para et Abou Zeid quittent leur maquis dans les Aurès, dans l’est algérien, à destination des frontières maliennes. Mais ils ne partent pas les mains vides. Sur le chemin, ils retiennent en otage une trentaine de touristes occidentaux, principalement allemands. Avec un double objectif : en faire des boucliers humains lors de leur dangereuse expédition vers le Mali et obtenir une rançon pour financer leur implantation au Sahel. La prise d’otages occidentaux au Sahel devient alors une juteuse activité. En quelques années, Aqmi engrange plus de 120 millions d’euros, soit l’équivalent du budget annuel des armées malienne et nigérienne réunies. L’argent ne sera pas le seul argument pour rendre convaincant le discours intégriste.

Radicalisation des peuls, soninkés et bambaras

Touaregs et Arabes étaient prédisposés à l’écoute de cette version ultra-conservatrice de l’islam. Les autres communautés du nord du Mali, beaucoup moins. Elles finissent par devenir réceptives aux prêches improvisés des groupes djihadistes en zone rurale et lors d’opérations de brève occupation de centres urbains dans les villes et villages du Sahel. La cause tient autant à un État défaillant, incapable d’assurer ses missions de service public, qu’à la corruption de ses représentants locaux. Mal payés ou pas payés du tout, les fonctionnaires multiplient les taxes locales, rançonnent commerçants, éleveurs et agriculteurs. La brutalité des « porteurs d’uniformes » multipliant les bavures, finit par salir durablement la perception d’un État « vu au mieux comme illusoire, au pire comme prédateur et répressif », écrit Aurélie Campana, professeure en sciences politiques à l’université canadienne de Laval. Outre un État dysfonctionnel et gangréné par la corruption, les conflits inter et intracommunautaires transforment le discours djihadiste en recours pour les frustrés de toutes les communautés. Héritage d’une Histoire complexe, conséquence d’une géographie hostile, les contentieux se transforment rapidement en conflits meurtriers. Nomades contre sédentaires, éleveurs contre agriculteurs, Peuls contre Dogons, Soninkés contre Bambaras. À défaut d’armes létales, on se tourne vers celui qui en dispose : les groupes djihadistes font office de conciliateurs entre les protagonistes, protègent celui qui se laisse pousser la barbe, rétrécit son pantalon, porte une calotte et impose le voile intégral à ses épouses et à ses filles. Les conflits à l’intérieur des communautés sont également du pain bénit pour les djihadistes. Les castes inférieures se rebellent contre la chefferie traditionnelle et l’aristocratie locale. Les frustrés de toutes les communautés ont désormais un recours : l’islam que prônent les « étrangers » est égalitaire. Conséquence : qu’il s’agisse d’Ansar Dine, d’Aqmi, ou d’Al-Mourabitoune, toutes les organisations djihadistes opérant au Sahel comptent désormais dans leurs effectifs Peuls, Soninkés, Bambaras, Dioulas, Maures ou Touaregs.

L’affaiblissement de l’état

En mars 2012, un putsch militaire accélère le processus de délitement de l’État malien. L’armée n’est plus en mesure de tenir face à un ennemi équipé et motivé. Alliés objectifs, indépendantistes et islamistes chassent les pouvoirs publics de Gao, Kidal et Tombouctou puis marchent sur Bamako. Longtemps confiné au nord, le Front s’élargit au centre du pays. Livrées à elles-mêmes, les populations de ces régions sont alors victimes d’une violence à visage multiple : terrorisme, brigandage (vols de bétail, coupeurs de routes) et vendettas entre nomades et sédentaires. Un autre phénomène complique la situation sécuritaire. Face à la modicité des moyens de son armée, le gouvernement encourage la formation de milices d’autodéfense. Celles-ci s’avèrent incontrôlables et deviennent des groupes de mercenaires au profit de leur communauté. Enfin, la résolution de la crise malienne prévoit des processus de Démobilisation, Désarmement et Réintégration (DDR). Autant de promesses de manne financière ou de recrutement pour les opportunistes de tous bords.

L’intervention de la France, en janvier 2013, à travers l’opération Serval, stoppe l’avancée des islamistes. Serval puis Barkhane (dispositif militaire français mis en place en 2014) portent de rudes coups aux djihadistes. Ils se déconcentrent, se retirent des centres urbains pour les zones rurales où ils se réorganisent. De son côté, le président Ibrahim Boubacar Keïta tente avec volontarisme de restaurer l’autorité de l’État. Mais le retour de l’armée malienne dans les localités du nord s’accompagne de bavures, de racket des populations nomades ou sédentaires, peules ou touarègues. Ces dépassements servent d’argument de recrutement pour les djihadistes, qui n’ont aucun mal à trouver des candidats pour leurs attaques suicides.

Le cas Burkina

Depuis 2016, Ouagadougou a été secouée par trois attaques terroristes de grande envergure faisant une cinquantaine de morts, dont 22 étrangers. Cette flambée de violence intervient deux ans après une révolution qui a chassé, en octobre 2014, Blaise Compaoré du pouvoir. La diplomatie de l’ancien président se caractérisait par une gestion ultra-prudente des conflits qui minaient la région ou le continent. Sa stratégie ? Avoir deux fers au feu dans chaque crise. Ménager la chèvre et le chou, le gouvernant et l’opposant, le militaire et le rebelle. Cela agaçait ses pairs africains mais ils en ont fait le médiateur le plus sollicité de la Cédéao ou de l’UA. L’autre botte secrète de Compaoré ? Certains de ses collaborateurs burkinabè ou étrangers (le Mauritanien Moustapha Chafi et le Nigérien Mohamed Akotey) lui ont permis d’obtenir la libération d’otages occidentaux contre paiement de rançons à leurs ravisseurs islamistes. Les liens qu’entretenait Blaise Compaoré avec les Touaregs, qui avaient table ouverte dans les palaces ouagalais et dans le quartier cossu de Ouaga 2 000, ont longtemps épargné son pays des attaques. Le communiqué de revendication de l’attentat du 2 mars 2018 jette plus de trouble. Le NIM y déplore que l’actuel gouvernement fasse moins preuve de « neutralité dans le conflit qui oppose les moudjahidines à la France et à ses valets dans la région » que son prédécesseur. Mais évoquer une complicité d’anciens barons du régime précédent ou une volonté de remettre Blaise Compaoré au pouvoir par le biais des attaques terroristes relève du fantasme. La violence qui secoue le Burkina n’est pas uniquement un débordement de la crise malienne. Elle est le résultat d’une désorganisation de son armée, de ses services de renseignement et d’autres causes endogènes. Ouaga est loin d’être le théâtre le plus meurtrier des assauts islamistes qui endeuillent le Burkina (plus de 150 morts dont une cinquantaine de membres des forces de l’ordre). Les deux tiers de ces victimes ont été tuées par une organisation djihadiste locale : Ansarul Islam, les partisans de l’islam. Créée en 2016 par Boureima Dicko, alias Malam Ibrahim, originaire du Sahel burkinabè. Son premier « haut fait d’armes » ? L’attaque menée, le 16 décembre 2016, à Nassoumbou, provoquant la mort de 12 soldats burkinabè. En juin 2017, l’opération Bayard, menée conjointement par l’armée burkinabè et le dispositif Barkhane, porte un rude coup à Ansarul Islam, avec l’élimination de nombreux djihadistes. Depuis, Ibrahim Malam Dicko n’a plus donné signe de vie. Mais les capacités de nuisance d’Ansarul Islam semblent être intactes.

Diversité religieuse

Contrairement au Mali et au Niger, musulmans à plus de 90 %, la population du Burkina baigne depuis l’indépendance du pays dans un contexte multiconfessionnel apaisé. Si les musulmans sont majoritaires (près de 60 %), ils constituent une minorité politique dans la mesure où le pouvoir est entre les mains des chrétiens (25 % répartis approximativement entre 20 % de catholiques et 5 % de protestants). Les 15 % restants sont formés par les animistes. Héritage du passé colonial, la prédominance politique des chrétiens tient aux choix de l’administration française et de l’église catholique ayant privilégié, par l’accès à l’école, les autochtones s’étant convertis au christianisme au détriment des « autres communautés indigènes ». Résultat : à l’indépendance du pays, en 1960, l’élite est exclusivement de confession chrétienne et dans un pacte non écrit, les Burkinabè s’accordent pour que les catholiques aient la haute main sur le pouvoir politique, les musulmans héritant du commerce et du pouvoir coutumier. Au fil des années, la majorité démographique accède à l’école franco-arabe, mêlant enseignement classique et coranique. Une élite se forme et commence à dénoncer son statut de minorité politique. Au milieu des années 90, un mouvement baptisé sunnite, financé par les pays du Golfe, prône une idéologie wahhabite (islam rigoriste au pouvoir dans plusieurs pétro monarchies du Golfe) et dénonce les pratiques soufies, marqueurs de l’islam ancestral au Burkina. Ce discours excommunie les « mauvais musulmans » et crée les premiers clivages au sein de la communauté. Les comportements changent, les habitudes vestimentaires évoluent. Les chrétiens, à leur tour, vivent des mutations avec une inquiétante montée de l’intégrisme. Les nouveaux évangélistes refusent le dialogue interreligieux en accusant l’islam de tous les maux. À la Dawa salafiste répond le prosélytisme des nouvelles églises évangélistes qui multiplient les tentatives de conversion de musulmans. C’est sur ces crispations qu’intervient l’apparition du phénomène djihadiste qui provoque des violences verbales contre les musulmans. Au Burkina comme dans les autres pays du Sahel, la seule réponse militaire qu’incarne désormais la FC G5 ne saurait être suffisante sans un volet politique. Une force qui, avant de voir le jour, est déjà fragile. 

L’impasse militaire ?

Avant même sa mise en place, la FC G5 part avec de lourds handicaps. Les cinq pays qui constituent le nouvel ensemble régional sont parmi les plus pauvres de la planète. Ils trustent les dernières places dans le classement de l’indice de développement humain (IDH). À titre d’illustration, le projet de budget pour le lancement de cette force s’établit à 423 millions d’euros. Ce montant correspond au budget Défense des cinq pays réunis. Si, par miracle, les promesses d’engagements financiers sont respectées, qu’en sera-t-il pour les années suivantes ? Les États membres auront-ils l’aptitude d’absorber une telle somme et la soustraire au système de corruption qui caractérise leurs gouvernants ? Autre handicap : l’état des institutions militaires de ces pays. L’armée malienne, jadis l’une plus disciplinées du continent, n’existe plus que sur le papier. Celle du Burkina ne s’est toujours pas remise de la chute de Blaise Compaoré. Ses services de renseignement, redoutables d’efficacité, se sont avérés fragiles car reposant sur ses hommes et leur réseau plutôt que sur une institution. L’armée nigérienne entretient des relations exécrables avec le pouvoir politique qui se méfie de son passé putschiste. L’armée mauritanienne est loin d’être « un foudre de guerre ». Quant à l’armée tchadienne, la combativité de ses soldats s’est nettement altérée par la multiplication des sollicitations. Les effectifs des armées du G5 ne sont pas extensibles à souhait. Un casque bleu sur trois de la Minusma vient du Burkina, du Niger ou du Tchad. Par ailleurs, Niamey et N’Djaména participent avec 2 000 soldats chacune à la Force multinationale mixte (FMM), autre dispositif militaire régional regroupant, depuis 2012, les armées du Cameroun, du Niger, du Nigeria et du Tchad. Son objectif ? Lutter contre Boko Haram autour du lac Tchad.

Présentée comme la « grande soeur » de la FC G5, la FMM s’appuie sur les moyens financiers d’un État membre, le Nigeria, alors que la FC G5 est contrainte de faire le tour des bailleurs de fonds. La FMM a la réputation d’être une initiative régionale alors que la FC G5 est soupçonnée d’être une « création » de la France, pressée de voir ses soldats quitter le bourbier malien. Cependant, la plus grande dissemblance entre FMM et FC G5 est ailleurs. La première poursuit un seul ennemi, Boko Haram, dans un champ de bataille de quelques dizaines de milliers de kilomètres carrés avec un effectif de 10 000 soldats, alors que la seconde a pour vocation de combattre la menace djihadiste qu’incarne une vingtaine d’organisations terroristes, de lutter contre la criminalité transfrontalière et d’éliminer les réseaux de trafic humain, le tout avec 5 000 militaires pour un théâtre des opérations de 5 millions de kilomètres carrés (soit la présence d’un soldat dans 1 000 kilomètres carrés de désert) où l’hostilité du climat et la configuration du terrain usent les hommes et le matériel. Voilà pourquoi la FC G5 s’apprête à entamer une guerre de cent ans sans avoir les moyens pour durer aussi longtemps.

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