février 2018

Sous le soleil exactement

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Révélation de la dernière Mostra de Venise, LE NOUVEAU FILM d’Abdellatif Kechiche nous fait partager des vacances idylliques. C’est sea, sex & sun à Sète, des années-lumière avant le burkini…

UN ÉTUDIANT franco-tunisien timide, monté à Paris, retourne à Sète, dans le sud de la France, passer des vacances en famille. Ça commence très fort car il surprend derrière les volets sa meilleure amie en pleins ébats avec son cousin… La scène est sans pudeur, elle dure, et on se dit que c’est reparti comme dans La Vie d’Adèle où les corps étaient filmés longuement en pleine action. Et pourtant, le reste du film sera beaucoup moins explicite. Au contraire, si la caméra s’attarde avec insistance sur les fesses des femmes, moulées dans le tissu, elle suit surtout le parcours estival de son jeune héros, Amin, dont on se demande s’il va finir par aller au bout de ses attirances pour les filles qu’il rencontre… Sa famille, ses amis, sont incarnés par des acteurs qui ont du bagout et beaucoup de spontanéité (le plaisir aussi de retrouver, en tatie bavarde et bienveillante, Hafsia Herzi, dix ans après La Graine et le Mulet). La fluidité de la mise en scène ajoute à l’empathie que l’on éprouve, embarqué dans cette longue séquence estivale – 3 heures – où la parole circule très vite, seulement ponctuée d’interludes musicales ancrées dans les années 90. Une époque pas si lointaine où la religion, les interdits, n’avaient pas l’importance qu’ils ont pris aujourd’hui en France. Pas un voile à l’horizon, même les moutons ne sont pas égorgés… Personne n’avait de téléphone portable, on est en 1994. Français d’origine maghrébine ou de souche dansent et boivent de l’alcool ensemble, les hommes draguent lourdement les filles, mais les filles savent très bien se défendre et semblent même plutôt mener la barque du commerce comme celle des affaires sentimentales… Liberté de la parole, des corps et des coeurs, sous un soleil souvent filmé frontalement, qui inonde de lumière ce film chaleureux et envoûtant… Idyllique ? Oui, cela ressemble à un souvenir de vacances, donc ce n’était peut-être pas tout à fait la réalité, mais qu’est-ce qu’on a envie d’y croire ! « Sage est celui qui a gardé son âme d’enfant », dit une des femmes de ce tableau solaire…

Par Jean-Marie Chazeau

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