août 2017
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Tokyo : le second souffle

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Avec plus de 42 millions d’habitants (dont 13 intra-muros), elle est la plus grande aire urbaine du monde, où l’activité humaine ressemble à la déambulation de fourmis. Littéralement la « capitale de l’est », anciennement « Edo », Tokyo n’en finit pas de s’étendre, sur quelque 7 000 km² déjà. Dotée d’infrastructures ultra-modernes, à l’image de l’île artificielle d’Odaiba sur la baie, et siège de plus de 2 700 sociétés nationales et étrangères, elle affichait en 2015 un produit intérieur brut (PIB) de 1 520 milliards de dollars, contre 1 210 milliards pour New York. Capitale de la troisième puissance économique mondiale et centre de son pouvoir politique, la mégalopole cherche, comme l’ensemble du pays, un second souffle.

Elle lutte pour sortir de la léthargie dans laquelle sa population vieillissante et la faiblesse de sa consommation intérieure, véritable moteur de l’économie, l’ont plongé ces dernières années.

Tokyo prend rendez-vous avec l’histoire à partir de la fin du XVe siècle (1457) lorsque le samouraï Ota Dokan érige le premier château d’Edo, devenu le siège du gouvernement militaire des shoguns. Avec l’ouverture des relations commerciales et diplomatiques avec les États-Unis, Edo devient sous l’ère Meiji, le 13 septembre 1868, la capitale du pays et est rebaptisée Tokyo. Après la dévastation de la Seconde Guerre mondiale, elle profite à fond de la spectaculaire période d’expansion du pays de 1955 à 1990, lorsqu’il devient la deuxième puissance économique du monde. Les grands industriels tels que Mitsui et Toyota portent cet essor. Mais, minée par la déflation, Tokyo est, en 2010, détrônée par Pékin, à la place de deuxième économie mondiale en termes de PIB.

À son arrivée au pouvoir fin 2012, le Premier ministre Shinzo Abe met en oeuvre un programme de réformes, combinant relance budgétaire et modernisation du marché du travail. Les « Abenomics » doivent faire repartir la croissance sans pour autant creuser l’endettement ni recourir à l’immigration pour contrer la baisse continue de la population active… Souvent critiqués pour leur manque d’efficacité, ils semblent cependant commencer à porter leurs fruits : le Japon vient d’enchaîner cinq trimestres consécutifs de croissance, une première depuis 2006, son PIB devant augmenter de 0,5 % cette année.

La capitale a subi dans sa chair ces évolutions. Illustration avec le quartier de Shinjuku, centré autour de la gare la plus fréquentée du monde, qui voit passer chaque jour au moins 2,5 millions de passagers. Depuis 1970, il ne cesse de se transformer : la gare et son parvis avec ses petits marchands de rue, ses yatai (stands ambulants de restauration) et ses odeurs de grillades ont vu pousser une forêt de gratte-ciel où circulent chaque jour plus de 300 000 salarymen, les employés des grandes entreprises (dont Honda, Mitsubishi et Sumitomo) qui constituent la classe moyenne. Même métamorphose plus à l’est, vers la mer, à Ginza, le « lieu où l’on frappe l’argent », baptisé ainsi depuis sa construction au XVIIe siècle. Après avoir été l’un des premiers quartiers à s’occidentaliser, c’est aujourd’hui la zone la plus chic de Tokyo, où galeries d’art et boutiques de grands couturiers occupent des bâtiments ultra-contemporains. Pour s’en rendre compte, il suffit de suivre la Chuo-dori où se rassemble une foule compacte de touristes, majoritairement venus d’Asie, friands de produits de luxe.

Le tourisme, c’est l’une des clés de l’avenir pour la capitale, comme pour le reste du pays. Au niveau national, si la communauté d’expatriés reste relativement peu nombreuse, le nombre de visiteurs étrangers a lui explosé, passant de 8,3 millions en 2006 à plus de 24 millions l’an dernier. Au-delà du shopping, les voyageurs viennent surtout faire l’expérience de la spiritualité japonaise. Chaque année, quelque 20 millions de personnes passent l’imposante Kaminarimon, la « Porte du tonnerre », qui marque l’entrée du Senso-ji, le temple le plus ancien de la ville, fondé au VIIe siècle et situé dans le quartier traditionnel d’Asakusa. À deux pas de là, le parc d’Ueno regroupe plusieurs musées, dont l’immanquable Musée national de Tokyo, et constitue un lieu de choix, au printemps, pour profiter du hanami (contemplation des cerisiers en fleurs).

Insatiable, le gouvernement local cherche encore à accroître l’offre hôtelière et à améliorer les conditions d’entrée en facilitant les procédures de visa, en généralisant la détaxe et en modernisant les ports et aéroports. Sans oublier les Jeux olympiques de 2020, qui doivent générer 32 300 milliards de yens (soit 265 milliards d’euros) de recettes, mais dont la préparation demeure pour l’heure aussi chaotique que coûteuse.

Cette ouverture sur le monde se fait aussi à destination de l’Afrique. Si les relations avec le continent sont anciennes, elles demeurent modestes, surtout comparées à celles de la Chine. En 2015, les échanges commerciaux entre le Japon et le continent s’élevaient à 24 milliards de dollars, bien loin des 179 milliards de dollars d’échanges avec la Chine. Cela n’a pas empêché Tokyo de promettre 30 milliards de dollars d’investissements sur les trois prochaines années, dont 10 dans les infrastructures, lors de la 6e Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique (Ticad), à Nairobi au Kenya, en août 2016. En juin, c’était au tour de l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) d’octroyer à la Banque africaine de développement un prêt de 300 millions de dollars destiné au secteur privé. Alors que le nombre de ressortissants africains (environ 12 000 sur 2,2 millions d’étrangers) a été multiplié par cinq depuis 1990, les grandes entreprises nationales entendent bien rivaliser avec la Chine dans des domaines comme la production agricole et l’énergie géothermique.

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