août 2016

VIVE LA RENTRÉE ?

Par Emmanuelle PONTIÉ
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Profitez bien de vos vacances (ceux qui en prennent ou peuvent en prendre…) ! Car la rentrée est de retour. Avec son parcours du combattant. Oublions les nantis, sans souci de sous, qui mettent leurs petits et grands dans les écoles privées. Pour les autres, c’est une galère, en gros d’août à octobre. Il faut trouver de l’argent, auprès de banques qui, là, miracle, proposent plein de crédits. Petits, remboursables vite, à des taux vertigineux. Parce que l’on sait que le Burkinabè ou le Gabonais qui a plein d’enfants y aura forcément recours. Il faut faire la queue pour les inscriptions, choisir entre ses filles et ses garçons qui ira à l’école cette année car les y envoyer tous n’est souvent pas possible, trouver la liste de fournitures interminables, où l’on inclut parfois le banc pour s’asseoir dans les écoles de village. Après, il faut trouver le maître ou le prof, qui refuse durant des mois, voire une année, d’aller enseigner dans des terres éloignées des villes. Certaines écoles sont vides, avec des arbres qui ont poussé à l’intérieur des classes, et elles abritent des ânes venus se protéger du soleil. Il faut passer les écueils de la petite corruption, du bakchich pour avoir une place ou un ticket pour la classe supérieure à la fin de l’année, voire des NST (notes sexuellement transmissibles) dès le secondaire, où les jeunes filles commencent à être séduisantes… Il faut supporter les classes bondées, à 150 ou 200 élèves. Et lorsque l’on gravit les étapes, on devra encore batailler pour l’introuvable bus scolaire, la bourse qui n’est pas versée, le campus totalement délabré où l’on s’entasse à trois ou quatre par chambre… Les trois ministères généralement concernés par l’éducation (de base, secondaire, supérieure) sont pourtant budgétivores dans les États africains. Mais alors, quid de l’affectation des moyens ? Dès que l’on sort des capitales où, bon an mal an, les écoles petites ou grandes ouvrent et dispensent plus ou moins des cours, c’est le désert des Tartares. Plus dans tel pays que dans tel autre, d’accord. Mais au final, on se demande comment un enfant peut s’épanouir, réussir, se former, être apte à prendre son avenir professionnel en main après autant d’années d’adversité, ponctuées souvent de grèves à répétition et d’années blanches. Eh oui, en 2016, ça n’a toujours pas évolué. Le système s’est même souvent dégradé en matière de gestion de l’enseignement, du niveau et des moyens. On construit des écoles, « tant ou tant par an » s’enorgueillissent les gouvernements. Mais si elles ne fonctionnent pas, à quoi ça sert ? Comme si le danger de former des générations de jeunes, inadaptés au monde du travail et au monde tout court, n’inquiétait personne parmi les pouvoirs publics. Incroyable. Pourtant chacun le sait, c’est bien dès le début, à l’école, que l’on se construit. Ou pas.

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