juin 2017
Elon Musk

Génie comparable à Steve Jobs ?

Par Sabine CESSOU
Partage
Génie comparable à Steve Jobs ? Milliardaire illuminé et hyperactif ? Patron tyrannique ? À 45 ans, le dirigeant de SpaceX et Tesla Motors veut sauver le monde en colonisant la planète Mars. Iconoclaste, il mise sur les projets les plus fous et y croit dur comme fer. Quitte à déchaîner jalousies et sarcasmes.
 
Les voitures du futur, la conquête de la planète rouge et, maintenant, des implants cérébraux permettant à l’homme de communiquer avec un ordinateur par la simple pensée. Vous n’êtes pas dans un roman de science-fiction mais dans la vie d’Elon Musk. Connu pour avoir développé le système de paiement électronique PayPal, l’entrepreneur à la triple nationalité (sudafricaine, canadienne et américaine) est autant vénéré que critiqué dans la Silicon Valley où il est établi.
 
Classé 21e personnalité la plus influente du monde en 2016 par le magazine américain Forbes, et 80e fortune avec 13,9 milliards de dollars, ce personnage hors norme doit se battre pour être pris au sérieux. Bourreau de travail, aussi exigeant avec luimême qu’avec ses collaborateurs, il ne se pose aucune limite.
 
Il faut remonter à son enfance pour expliquer l’incroyable ressort sur lequel il est monté. Dévoreur de livres, Elon Musk grandit dans l’Afrique du Sud de l’apartheid avec ses deux cadets, un frère et une soeur, entre une mère mannequin et diététicienne originaire du Canada et un père sud-africain d’origine britannique, ingénieur en électromécanique, pilote d’avion et passionné de voile.
 
Après le divorce des parents en 1980, il vit avec son père et s’initie tout seul à la programmation informatique. Au prestigieux lycée Pretoria Boys High School, son côté geek et son profil de premier de la classe lui valent d’être brutalisé par ses camarades rugbymen, malgré son 1,88 m. Fuyant le long service militaire de deux ans imposé alors par le régime sud-africain, il prend la nationalité canadienne de sa mère en 1989 et part étudier dans l’Ontario. Puis, il mène deux cursus simultanés, l’un en ingénierie, l’autre en commerce, à l’université de Pennsylvanie aux États-Unis – sans oublier de faire la fête, ayant transformé avec un ami une maison du campus en boîte de nuit informelle.
 
MILLIONNAIRE AVANT 30 ANS
 
À 24 ans, en 1995, il s’inscrit à Stanford, en Californie, pour un doctorat en sciences physiques appliquées. Mais il quitte les bancs de la faculté au bout de deux jours pour prendre part, corps et âme, à l’explosion de la bulle Internet. Avec son jeune frère Kimbal, il crée Zip2, un éditeur de logiciels financé à hauteur de 28 000 dollars par leur père, tout en vendant des guides de villes pour Internet à de grands journaux comme le New York Times.
 
Quatre ans plus tard, bingo : Compaq rachète Zip2 à hauteur de 341 millions de dollars. Une somme dont 7 % tombe dans la poche de Musk – soit 22 millions de dollars. Après, tout va très vite. En mars 1999, il investit la moitié du pactole pour lancer X.com, une entreprise qui développe des moyens de paiement en ligne. Un an plus tard, une fusion s’opère avec Confinity, une start-up de Palo Alto fondée par des anciens de Stanford, qui travaille sur un système de transfert d’argent appelé PayPal. Ce nom désormais célèbre est donné à la société en 2001, un an avant son rachat par eBay pour 1,5 milliard de dollars. Cette fois, Elon Musk empoche 165 millions de dollars et s’attaque aux « choses sérieuses ».
 
Le jeune homme a une idée en tête : implanter des serres et réaliser des cultures agricoles sur Mars afin de mieux nourrir les Terriens. Des contacts sont pris en Russie pour acheter des fusées, mais les discussions engagées avec le groupe Kosmotras tournent court à deux reprises. La première fois, il est jugé trop inexpérimenté.
 
La seconde, une fusée lui est proposée à 8 millions de dollars, un prix qu’il trouve excessif. Refusant d’abandonner son rêve de « civilisation conquérante de l’espace », il décide de fonder, avec 100 millions de dollars et toujours en Californie, Space Exploration Technologies (SpaceX). Objectif : construire luimême les fusées dont il a besoin. « J’ai d’abord cru qu’il me mettait à l’épreuve pour voir si je connaissais mon affaire. Puis, j’ai réalisé qu’il cherchait à apprendre. Il vous bombardait de questions jusqu’à ce qu’il ait appris 90 % de ce que vous saviez », raconte l’ingénieur Kevin Brogan, l’une de ses premières recrues, cité dans la biographie d’Elon Musk publiée par le journaliste américain Ashlee Vance.
 
SpaceX, dont Elon Musk détient 54 % des parts, met au point des fusées de lancement baptisées Falcon 1 et 9. En 2008, elle devient la première société privée à lancer un satellite en orbite. Puis, en mai 2012, elle envoie la navette spatiale Dragon s’amarrer à l’International Space Station (ISS), ayant décroché, six ans plus tôt, un contrat avec la Nasa pour acheminer du fret vers la station spatiale. Prochaine mission : assurer le transport d’astronautes vers l’ISS (un travail aujourd’hui confié à la navette russe Soyouz) avec un début de service prévu pour 2018.
 
Certes, SpaceX a connu quelques déboires, en particulier l’explosion d’un moteur Falcon 9 lors d’un lancement en 2016. Mais la firme, valorisée en bourse à hauteur de 10 milliards de dollars, n’en est pas moins devenue le premier producteur privé de moteurs de fusée au monde. De ses ateliers sont sortis plus de 100 engins Merlin 1D, « capables de transporter à la verticale le poids de 40 voitures de tourisme », peut-on lire sur son site.
 
 
ACTEUR À SES HEURES PERDUES
 
Visionnaire pour certains, fou pour d’autres, Elon Musk est surtout un as du marketing. Il sait vendre du rêve pour lever des fonds auprès des investisseurs. Avec aplomb, il affirme que l’humanité pourrait bien devoir sa survie à son ambition spatiale en cas d’apocalypse, « qu’elle vienne de l’armée nucléaire, d’un virus conçu en laboratoire, de la création d’un micro-trou noir par inadvertance, du réchauffement climatique ou de technologies encore inconnues mais mortelles ». En attendant, c’est sur Terre qu’il étend son empire commercial, ayant pris des parts en 2004 dans le groupe de fabrication de moteurs Tesla, qu’il détient à hauteur de 22 % et dont il prend la tête en 2008 après la crise financière.
 
Délaissant la gestion courante, il se préoccupe des nouveaux produits – des moteurs électriques de trains et de voitures, vendus notamment à DaimlerChrysler et Toyota. La voiture de sport Tesla Roadster sort en 2008, puis la Sedan en 2012 et le minibus Model X en 2015 – dont le développement commercial en Inde reste à concrétiser. Avec 76 230 modèles livrés en 2016, Tesla reste un petit joueur dans l’automobile, même si Porsche, Audi et BMW suivent son exemple en se lançant dans l’électrique haut de gamme. Quant à SolarCity, co-fondé en 2006 avec deux cousins entrepreneurs, il est devenu le numéro deux des équipementiers solaires et de recharge de voitures électriques aux États-Unis.
 
Vivant à 100 à l’heure, Elon Musk conçoit son destin comme un film d’action à succès. Il apparaît ainsi régulièrement au cinéma, jouant les figurants dans des fictions grand public, interprétant le pilote de son propre avion dans Thank You for Smoking en 2005 et se prêtant au jeu de l’autodérision avec Les Simpsons dans l’épisode « Un Musk tombé du ciel ». Au bureau, c’est un patron intransigeant, despotique selon certains, qui met une pression maximale sur ses employés et invite les nouveaux venus à le rejoindre comme on entre dans « les forces spéciales ».
 
Sur le plan personnel, sa vie de famille est tout aussi agitée : après avoir perdu un nourrisson avec sa première femme, l’écrivaine canadienne Justine Wilson, il a eu avec elle cinq garçons fécondés in vitro. Divorcé en 2008, il épouse en 2010 l’actrice britannique Talulah Riley, dont il se sépare en 2012 avant de se remarier avec elle un an plus tard, pour divorcer à nouveau en 2016.
 
N’ayant plus que des liens distants avec l’Afrique du Sud, l’entrepreneur a embrassé avec ardeur le « rêve américain ». Et il ne s’arrête jamais. En 2013, il a lancé Hyperloop, un nouveau système de transports qui voit des capsules d’air pressurisé se mouvoir sur des coussins d’air à 1 200 km/h. Il y a deux ans, en 2015, c’était OpenAI, un laboratoire de recherche sur l’intelligence artificielle à but non lucratif, afin de concurrencer « les grands groupes qui utilisent cette intelligence pour faire des profits ou des gouvernements qui veulent renforcer leur pouvoir ». Fin mars dernier, place aux implants cérébraux. « Il est ce que nous avons de plus proche des titans industriels d’autrefois comme Henry Ford, Andrew Carnegie et John D. Rockefeller », notait le New York Times en 2015. Finançant à parts égales les partis démocrate et républicain, Elon Musk a critiqué Donald Trump lors de sa campagne, avant d’accepter de faire partie de son forum stratégique et politique. « Plus de voix raisonnables seront écoutées par le président, mieux ce sera », a-t-il déclaré pour justifier son choix, taxé par certains d’opportunisme.
 
 
Partage
À lire aussi dans AM BUSINESS
AM BUSINESS Alon Lits, Directeur général d’Uber pour l’afrique subsaharienne « Un jour Uber sera présent à Dakar et Abidjan »
AM BUSINESS Cacao La Côte d’Ivoire sous pression
AM BUSINESS Le rendez-vous Alain Taïeb, président du groupe Mobilitas
AM BUSINESS Pierre-André Térisse, directeur général Afrique de Danone « La filière lait ne peut qu’émerger »

Suivez-nous